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Agia Fotia – la baie du « feu sacré »

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Agia Fotia : une église, deux criques et une nécropole du Minoen ancien

Lorsqu’on roule vers l’est depuis Ierapetra par la route côtière, à deux ou trois kilomètres au-delà de Ferma, on ne découvre la baie d’Agia Fotia qu’au dernier moment : elle se trouve loin en contrebas de la chaussée, enserrée entre de hautes falaises de conglomérat et un petit bois de pins qui descend jusqu’à la plage. La baie s’ouvre à l’embouchure d’un torrent d’hiver qui recueille les eaux des pentes du Thrypti, et dont le lit se dissimule à demi parmi d’immenses platanes. Les fins galets alternent avec des plaques de gros sable gris ; l’eau est limpide et ne devient profonde qu’à quelques pas du rivage. À l’extrémité orientale de la plage, une source d’eau douce jaillit du rocher, et à moins d’un kilomètre se trouve la crique voisine de Galini, plus tranquille. L’ingénieur vénitien Francesco Basilicata porta le lieu sur sa carte de 1618 sous le nom de « Spiaggia di Santa Lucia ».

Autrefois, les campeurs plantaient ici leurs tentes sous les pins, été après été. Aujourd’hui, le camping sauvage sur les plages est limité par les règles de protection de la nature, mais Agia Fotia est restée appréciée pour la baignade et la promenade, des habitants d’Ierapetra tout autant que des visiteurs. En saison, on y trouve transats, parasols, douches, quelques tavernes et des chambres à louer, et les tamaris dispensent une ombre naturelle ; les rochers qui bordent la baie récompensent ceux qui les explorent au masque et au tuba, et depuis l’an 2000 un tournoi de beach-volley s’y tient en juillet. La plage a reçu le Pavillon bleu. Grâce aux falaises, la baie est abritée de la plupart des vents. Une route goudronnée y descend depuis la route principale, et les autocars de la côte s’arrêtent en haut.

L’autre Agia Fotia : une nécropole du IIIe millénaire av. J.-C.

Le Lassithi possède ce toponyme en double, et les découvertes archéologiques qui l’ont fait connaître des spécialistes appartiennent à l’Agia Fotia du nord, un village côtier situé à quelques kilomètres à l’est de Sitia, sur la route de Vaï. Là, la grotte de Koufoto s’ouvre sur la plage, avec des traces d’une présence humaine précoce remontant au Néolithique, et non loin – à 150 mètres environ de la colline de Koufota – s’étend l’une des plus vastes nécropoles du Minoen ancien en Crète. Le site était connu depuis 1959, date à laquelle Nikolaos Platon le signala. L’archéologue Costis Davaras examina 252 tombes de la première moitié du IIIe millénaire av. J.-C., inaugurées au Minoen ancien I et encore en usage au Minoen ancien II ; une cinquantaine d’autres avaient déjà été détruites. Dans les petites chambres taillées dans la roche tendre, chacune fermée par une dalle de pierre dressée, on a recueilli environ 1 800 vases d’argile et de cuivre, ainsi que des lames d’obsidienne, des haches de pierre, des meules à main, des hameçons, des poignards et des pointes de lance, et des objets liés au rituel funéraire. Ces trouvailles sont exposées aujourd’hui aux Musées archéologiques d’Agios Nikolaos et de Sitia.

Sur la colline de Koufota, une éminence de quelque 25 mètres entre la nécropole et la mer, Metaxia Tsipopoulou dégagea en 1984 et 1985, en prévision d’un projet hôtelier, un ensemble bâti rectangulaire : 37 pièces disposées autour d’une cour intérieure et ceintes d’un mur de fortification – rare exemple d’une planification aussi concertée pour l’époque antérieure aux grands palais. Le bloc mesure 18 mètres sur 27,5, soit environ 500 mètres carrés, avec une cour longue et étroite de 3,5 mètres sur 21 ; le mur d’enceinte est épais d’un mètre et demi et renforcé par quatre contreforts arrondis, dont trois sur le côté nord, face à la mer. L’édifice fut bâti en pierres de taille moyenne liées au mortier de terre, sur un seul niveau, et ses murs ne s’élèvent plus aujourd’hui qu’à un demi-mètre environ. Construit au début du Minoen moyen, il fut abandonné après une brève existence, et des structures circulaires, dont la plus grande mesure 7,5 mètres de diamètre intérieur et que l’on tient pour des tombes à tholos, furent plus tard élevées sur ses ruines. On a parfois qualifié le bâtiment de palais primitif ; il est plus exact de parler d’un grand habitat ou d’une structure protopalatiale, car les véritables palais de Crète n’apparurent que bien plus tard. À la lisière du village subsiste en outre un moulin à eau crétois, protégé au titre des monuments.

Une côte longtemps restée déserte

La route du littoral, à l’est d’Ierapetra, traverse encore un pays peu peuplé : des pentes nues, des fermes éparses et, entre elles, de petites criques, parmi lesquelles Achlia, à un kilomètre et demi après Agia Fotia, où une gorge du même nom atteint la mer. Les récits de repaires de pirates dans ces criques expliquent pourquoi, au Moyen Âge, on préférait s’établir plus haut dans les collines – dans des villages comme Agios Ioannis ou Schinokapsala, d’où l’on pouvait surveiller la mer sans être vu. Ce n’est que lorsque la côte fut devenue sûre, aux XIXe et XXe siècles, que parurent au bord de l’eau les jardins, les serres et enfin les petites stations balnéaires, dont Agia Fotia.