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Panagia Faneromeni de Trachilas : le second monastère de la Faneromeni, au-dessus des gorges de Tous-les-Saints, près de Sitia

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Le monastère de la Faneromeni dans les gorges de Tous-les-Saints

Non loin de la petite ville de Sitia, dans le pays si varié de la Crète orientale, s'ouvrent les gorges d'Agion Panton (Φαράγγι Αγίων Πάντων), les gorges de Tous-les-Saints – un lieu fait pour la promenade sans hâte bien plus que pour l'exploit d'alpiniste. Le point de départ est le village de Platani, au cœur des oliveraies de Skopi ; de là, le sentier suit vers le nord, jusqu'à la mer, le lit d'un torrent d'hiver, et presque chaque méandre ouvre une nouvelle page d'histoire ou de pieuse légende. L'itinéraire compte parmi les géo-routes balisées du Géoparc mondial UNESCO de Sitia ; il s'achève sur une petite plage, appelée elle aussi Agioi Pantes, où le ruisseau s'étale en un coin de zone humide avant de rejoindre la mer de Crète.

La promenade nous conduit au second monastère de la Faneromeni de notre voyage (Moni Panagias Faneromenis), qui se dresse sur la côte nord, à quelque huit kilomètres à l'ouest de Sitia et à un kilomètre et demi environ en retrait du rivage, entre les caps de Vamvakia et de Trachilas. Comme pour le premier monastère de ce nom, le récit de sa fondation tient tout entier à l'apparition d'une icône de la Mère de Dieu, et c'est elle qui vaut au lieu son prestige particulier auprès des fidèles. Faneromeni signifie « celle qui est apparue », « celle qui s'est révélée ».

Panagia Faneromeni de Trachilas : le second monastère de la Faneromeni, au-dessus des gorges de Tous-les-Saints, près de Sitia

Le monastère surgit, non sans dignité, de la verdure du ravin. C'est un lieu de prière, mais aussi un gardien de la mémoire de la Crète orthodoxe : ses murs abritent des icônes anciennes et des peintures murales vieilles de plus de cinq siècles – la plus ancienne date gravée dans l'enduit est 1455 –, qui disent la ferveur profonde et la longue vie du site. L'ensemble se trouve près du cap Trachilas, dans les gorges mêmes, avec une belle échappée sur la mer ; il relève de la métropole d'Ierapetra et de Sitia et il est entretenu par la paroisse de Skopi. Il n'y a plus de moines aujourd'hui. La plus grande partie de l'année, les bâtiments demeurent silencieux et ne s'animent que pour les grandes fêtes. Une route revêtue mène jusqu'au monastère, si bien que ceux qui ne souhaitent pas parcourir les gorges à pied peuvent rouler jusqu'au portail.

Le monastère fut détruit sous la domination ottomane, en janvier 1829, et resta abandonné un demi-siècle durant. Sa reconstruction devint le signe de la foi obstinée des Crétois. Aujourd'hui, tout chrétien orthodoxe, et du reste tout visiteur sensible à de tels lieux, peut y éprouver le lien avec le passé et cette paix qui semble appartenir en propre aux vieux sanctuaires.

Histoire générale du monastère

Panagia Faneromeni de Trachilas : le second monastère de la Faneromeni, au-dessus des gorges de Tous-les-Saints, près de Sitia

L'ancienneté du site est attestée par les inscriptions conservées sur le côté sud-ouest du catholicon, l'église principale : des graffitis laissés par les hiéromoines et frères Gabriel et Mélétios Pantogalos, ainsi que les noms de la grande famille Cornaro. Les origines du monastère se perdent dans un passé lointain, mais aucune date précise de fondation ne peut être avancée ; on propose parfois le XIIIe siècle. Selon N. I. Papadakis, le monastère existait assurément, mais il fut détruit par les pirates au XVIe siècle. Il écrit : « De la date la plus ancienne, nous concluons que le monastère fut fondé avant 1455 ; de la plus récente, qui marque la fin des visites, qu'il cessa d'exister après 1536 et fut probablement détruit lors du raid de Barberousse (1537/38) » (N. I. Papadakis, « L'Église de Crète », p. 112). La côte de Sitia était tristement célèbre, aux XVe et XVIe siècles, pour les descentes de pirates, et la ville de Sitia elle-même fut dévastée par Khayr ad-Din Barberousse en 1538. Puisque l'édifice ne peut être daté avec précision, alors que les inscriptions et les millésimes lisibles dans l'église s'échelonnent de 1455 à 1598 – on a relevé 1455, 1469, 1471, 1483, 1486, 1487, 1499, 1505, 1514, 1529, 1532, 1580 et 1598 –, on peut affirmer sans risque que l'église était debout au milieu du XVe siècle et que l'ensemble avait pris sa forme actuelle en 1624 au plus tard.

Le cœur de l'ensemble est l'église à deux nefs, dédiée à la Dormition de la Toute-Sainte Mère de Dieu et à saint Georges. Le catholicon est entouré de bâtiments plus tardifs, qui servent de cellules aux « dekapentistes », les pèlerins du quinze août. À l'intérieur de l'église s'ouvre une petite grotte où, selon la légende, fut trouvée l'icône de la Vierge et qui fut à l'origine de la construction de l'église. Outre cette grotte, il en est d'autres alentour, dans les gorges de Tous-les-Saints, tenues de longue date pour un lieu de solitude et de prière à l'usage des ascètes. On pense aujourd'hui que la grotte située à l'ouest de l'église fut la demeure d'un ermite, avant qu'il n'y eût ni église ni monastère.

Bâtir l'église exigea beaucoup d'ingéniosité, car la place était comptée et les exigences de l'architecture religieuse orthodoxe étaient strictes. Les bâtisseurs ne pouvaient pas davantage laisser hors de l'église la grotte de la Faneromeni. On renonça donc à l'orientation habituelle vers l'est, et le maître maçon disposa l'édifice du nord au sud. Le saint bêma, le sol surélevé du sanctuaire, est logé dans une grotte basse, au rocher grossièrement taillé. L'église a deux portes parce qu'elle a deux autels, placés côte à côte sur le roc dans des niches symétriques. Six cellules très anciennes subsistent, à la manière médiévale, avec des portes bardées de fer et de petites fenêtres grillagées ; il s'y ajoute une salle qui sert de dortoir.

À côté des cellules monastiques, on compte de nombreuses cellules privées, construites par les gens du pays aux frais de la paroisse – la plupart sont du village de Skopi – pour loger les pèlerins, surtout au mois d'août. De tous les villages de la commune de Sitia, et particulièrement des villages voisins de Skopi, Piskokefalo, Achladia, Chamezi, Exo Mouliana, Myrsini et Mesa Mouliana, comme de la ville de Sitia elle-même, les dekapentistes viennent implorer la grâce de la Panagia, et pour la fête de la Dormition de grandes foules de pèlerins se rassemblent. L'icône miraculeuse est conservée le reste de l'année dans l'église paroissiale Saint-Georges de Skopi ; on la porte au monastère en procession la veille de la fête, avec bannières et chants, pour la ramener une fois les célébrations achevées. La cour intérieure est spacieuse ; pendant le dekapentismos, bien des gens y trouvent le repos sur les bancs de pierre de l'église, et au-dessus du saint bêma la forme de la grotte est conservée.

La « Grande Cellule », avec son large arc médiéval, est le vestige d'un ancien bâtiment d'exploitation où l'on pressait jadis les olives du monastère. Le « Tholos » est une cellule de la rangée supérieure, au plafond de pierre voûté. Le « Fournil » est une vaste cellule, au début des cellules hautes, pourvue d'un four énorme où l'on cuisait le pain pour le monastère et pour nombre des fermes qui en dépendaient (les métoques, metochia). Outre le Fournil, beaucoup se souviennent encore du pressoir à huile de l'ensemble, dont se servaient les fermiers et les intendants des domaines monastiques. Certaines des dépendances ne datent que du XVIIIe siècle.

Panagia Faneromeni de Trachilas : le second monastère de la Faneromeni, au-dessus des gorges de Tous-les-Saints, près de Sitia

L'église, son décor peint et les inscriptions du catholicon méritent un examen attentif, tant pour leur état de conservation que pour leur qualité. Le mieux préservé de tout est le portail du mur sud. Son encadrement finement sculpté dans un calcaire tendre, le poros, orné d'une moulure torsadée, repose sur des chapiteaux renversés à décor floral. Au-dessus s'élève un linteau incliné que surmonte un arc en relief brisé et cannelé, couronné au sommet d'un fleuron en pomme de pin et terminé, à la naissance, par un motif de fleur. Dans l'encadrement de la porte est gravé un graffiti de l'an 1469, l'une des dates les plus anciennes de l'édifice.

Au-dessus du linteau est encastrée une inscription à laquelle on doit ce que l'on sait de l'histoire du monastère. Elle rapporte que le restaurateur du monastère en 1624, après sa destruction lors des raids de Barberousse en 1538, fut Gennadios, et qu'avant lui Ioannikios en avait été le fondateur. Les travaux furent menés dans les dernières décennies de la domination vénitienne en Crète – Candie elle-même allait se rendre aux Ottomans en 1669 –, à une époque où la vie monastique était florissante dans l'île.

Panagia Faneromeni de Trachilas : le second monastère de la Faneromeni, au-dessus des gorges de Tous-les-Saints, près de Sitia

L'inscription grecque, telle que la rend Stylianos Alexiou, dit à peu près ceci : « Qui donc, par vénération pour Marie, a élevé ces ouvrages aux ornements multiples et à tant de splendeur ? Sur la montagne où s'étend le bois odorant, un sanctuaire neuf et charmant a été bâti. Le vigoureux Gennadios, avancé en âge, vraiment magnanime, doux gentilhomme de soixante ans. Ioannikios fut le fondateur avant lui, et il a déjà beaucoup amélioré ses grands ouvrages. Ses auxiliaires sont Nikodemos et Ioannikios, qu'il dirige avec force et habileté. Hélas, pauvre monastère, quand et d'où retrouveras-tu jamais en ton sein un astre aussi brillant ? En l'an de notre salut 1624, au mois de juin, le 10e jour. »

Panagia Faneromeni de Trachilas : le second monastère de la Faneromeni, au-dessus des gorges de Tous-les-Saints, près de Sitia

L'inscription se compose de six distiques élégiaques et elle est rédigée dans un grec archaïsant qui n'est pas exempt de fautes. Elle nomme l'higoumène Gennadios et le vénérable Ioannikios, ainsi que les moines qui prêtèrent leur concours à l'ouvrage, Ioannikios et Nikodemos. De l'avis d'Alexiou, le fondateur premier, Ioannikios, ne fait qu'un avec celui que cite l'inscription, ce qui souligne son importance dans l'histoire de la maison ; la légende locale de la fondation donne elle aussi le nom d'Ioannikios au premier moine qui s'établit auprès de la grotte.

La nef où se trouve l'inscription est séparée du saint bêma par un mur percé de deux baies en plein cintre. Le décor peint, qui couvrait autrefois toute la surface, se devine aux traces de couleur qui subsistent, et l'on relève sur le mur nord les indices d'une seconde campagne de peinture posée sur la première. Grâce aux fonds de la paroisse de Skopi, les murs ont été nettoyés et consolidés par les restaurateurs de la 13e éphorie des antiquités byzantines. Les fresques conservées sont difficiles à lire en raison des couches de suie, de la peinture endommagée et des enduits de mortier modernes ; on attribue généralement ce noircissement à un incendie allumé par les Turcs.

Parmi les scènes dégagées figurent les châtiments des damnés dans la partie basse du mur sud – des figures nues au milieu des flammes et des serpents –, la Vierge trônant au Paradis et l'apôtre Pierre avec les clefs sur le mur ouest, et des saints en pied sur les murs latéraux, parmi lesquels on a reconnu saint Antoine et saint Procope ; des médaillons de saints et de prophètes garnissent les écoinçons. Une inscription en capitales, du côté sud de la coupole, parle du « Verbe ineffable du Père, né de toi, Mère de Dieu ». Sur les murs intérieurs de l'église, on a retrouvé de nombreuses inscriptions et dates, témoins de la longue histoire du monastère et de sa haute réputation. Des graffitis des murs sud et ouest nomment des personnages de marque qui le visitèrent, dont des membres de la grande famille Cornaro : un Nikolaos Cornaro qualifié de seigneur d'Achladia, un Andreas avec la date de 1490 et un Marcus qui signa le 23 février 1532. D'autres visiteurs écrivirent en caractères latins – un Petros Buffo en 1461, un Nicola Michele en 1471, un Georgius Colona le 21 avril 1499 –, de sorte que le mur se lit comme un livre d'or de la Sitia vénitienne.

Panagia Faneromeni de Trachilas : le second monastère de la Faneromeni, au-dessus des gorges de Tous-les-Saints, près de Sitia

Sous l'occupation turque, le monastère, au témoignage d'Emmanouil Angelakis, qui vivait alors en Crète, continua d'exister jusqu'en 1829 et conserva « au moins un effectif minimal » de moines (Emmanouil Angelakis, « Setia », p. 221). Les témoignages écrits portant sur chacune des années de cette période ne nous sont pas parvenus. L'état des biens monastiques au début du XXe siècle donne néanmoins à penser que le lieu ne fut jamais tout à fait laissé sans soin : la vie communautaire se poursuivait, et bâtiments et terres étaient entretenus tant bien que mal.

En 1829, lors d'un nouveau soulèvement crétois, le monastère de la Faneromeni fut détruit. Les Ottomans qui avaient quitté Sitia le pillèrent et saccagèrent tout ce qu'ils purent trouver, y compris les icônes, dont on creva les yeux en signe d'un « terrible fanatisme » (Emmanouil Angelakis, « Setia », p. 221). Les bâtiments furent ensuite laissés vides.

Après cinquante années d'oubli, le monastère fut reconstruit en 1879, comme le rappelle une date taillée dans le linteau de l'une des cellules. N. Psilakis note, dans le second volume de ses « Monastères et ermitages de Crète », que la Faneromeni n'exerçait guère d'attrait sur les moines du XIXe siècle qui s'efforçaient, là où ils le pouvaient, de relever les vieux monastères. Après 1870, elle passa en la possession du monastère de Toplou, dont les moines tentèrent de sauver et de réparer ce qui pouvait l'être. Les travaux portèrent sur les cellules et les salles communes ; le pressoir à huile fut remis en état, et l'enceinte alentour fut réparée elle aussi. Les années 1870 à 1900 formèrent une phase brève mais significative dans la vie de la maison, durant laquelle les moines de la Panagia Akrotiriani de Toplou veillèrent sans relâche sur les bâtiments. On pense que les frères Pantogalos, dont les noms sont gravés sur le mur sud de l'église, étaient du nombre de ces restaurateurs venus de Toplou.

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À partir de 1900, le hiéromoine Grigorios Papadakis prit en charge le monastère en qualité d'intendant. Le moine Gerasimos et la moniale Salomé y vivaient également. Au retour d'un pèlerinage au Proche-Orient, Grigorios regagna son propre monastère pour y faire pénitence et refusa de revenir à la Faneromeni. Les bâtiments tombèrent une fois de plus en ruine, et l'église resta sans offices.

D'après des documents des archives du diocèse du Lassithi, le monastère fut loué à des particuliers après 1900, bien qu'il ne lui restât que peu de terres. En 1900, en vertu du statut de l'Église de Crète – la loi 276 de cette année-là –, la Faneromeni fut déclarée dissoute faute de moines et rattachée au monastère stavropégiaque de la Panagia Akrotiriani et de Saint-Jean-le-Théologien de Toplou. Plus tard, les gens du pays obtinrent le transfert de l'église et des bâtiments à la paroisse, ce qui entraîna un procès entre Sitia, Piskokefalo et Skopi pour la possession du monastère. Le tribunal de première instance du Lassithi finit par l'attribuer à la communauté de Skopi, mais ses biens furent expropriés, si bien qu'il ne resta au monastère que les cellules, quelques jardins et les offrandes des pèlerins.

Lorsque la paroisse de Skopi devint vacante en 1937, un prêtre de Chamezi s'en chargea. Le comité paroissial, formé de Roussos Fragoulis, Agapitos Kotsifakis et Konstantinos Vasilakis, construisit et rénova les cellules et aménagea la première citerne d'eau de pluie, agrandie après les années 1950. La cour intérieure avait été tracée dès 1917, année où l'on planta les acacias et les autres arbres qui donnent aujourd'hui encore de l'ombre aux pèlerins. Plus récemment, la métropole et la paroisse ont entrepris de restaurer l'extérieur de l'église et de débarrasser la cour d'ajouts modernes malvenus.

La promenade complète à travers les gorges représente environ 19 kilomètres aller et retour et demande quelque six heures ; la géo-route balisée qui parcourt le ravin proprement dit prend à peu près deux heures vingt. On marche sur le lit d'un torrent et sur des sentiers de terre, et lors d'un hiver pluvieux le Skafidaras est en eau. En hiver et au printemps fleurissent anémones, violettes et coquelicots ; en été, de longs passages sont dépourvus d'ombre, même si les platanes offrent un couvert bienvenu le long du ruisseau. Une visite autour du 15 août a une atmosphère toute particulière, mais le monastère est alors noir de monde.

Miracles et légendes du monastère

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