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Maronia (Μαρωνιά) se trouve dans l'est du Lassithi, sur la rive occidentale de la rivière Pantélis, à une douzaine de kilomètres de Sitia sur la route d'Ierapetra – quatre kilomètres environ après Piskoképhalo – et à 120 bons mètres au-dessus de la mer. Avec ses quelques centaines d'habitants, le village paraît tranquille et se laisse embrasser d'un coup d'œil ; son histoire, pourtant, est faite de bien des strates : des registres vénitiens, des églises orthodoxes, une fontaine ottomane, un vieux moulin à huile et des sites archéologiques dans la campagne alentour. Dans les documents de l'époque vénitienne, le lieu figure sous le nom de Marunea – Francesco Barozzi le mentionne en 1577, et le recensement de 1583 y dénombre 120 habitants –, puis il reparaît dans les registres ottomans de 1671 ; au recensement de 1881, il comptait 165 habitants, tous chrétiens. La tradition locale fait remonter le nom à un nouveau venu originaire de Maronée, en Thrace.
Par le village passe le chemin qui mène aux petites grottes de Spiliaria et d'Agionéro. Dans la grotte d'Agionéro jaillit une source que les villageois appellent « eau sainte » – le nom ne veut rien dire d'autre – et à laquelle ils prêtent une vertu curative. Pour Maronia, il y a là plus qu'une beauté de la nature : cette eau unit la piété chrétienne à l'antique vénération des sources, si caractéristique de la Crète.
Au milieu de Maronia se dressent les deux églises principales : Agia Triada, l'église de la Sainte-Trinité, et l'église de la Kimisis tis Théotokou, la Dormition de la Vierge. La paroisse de la Trinité célèbre sa fête patronale à la Pentecôte – c'est-à-dire, selon le calendrier orthodoxe, cinquante jours après la Pâque grecque –, et l'église de la Vierge le 15 août, la plus grande fête mariale de l'été. Leur voisinage montre comment, dans un village crétois, plusieurs églises et plusieurs fêtes relèvent d'une seule mémoire partagée.
Dans l'église de la Dormition, on prie tout spécialement devant l'icône de l'Hodighitria ; cette image de la Mère de Dieu qui montre le chemin tient une place importante dans la vie spirituelle de la communauté.
Dans les ruelles de Maronia subsiste une fontaine de pierre de l'époque ottomane. De tels points d'eau faisaient partie de l'équipement de tous les jours : c'est là qu'on puisait l'eau, là que les villageois se retrouvaient, là que les voyageurs faisaient halte. Sa maçonnerie ornée rappelle que l'héritage ottoman du village n'est pas seulement fait de guerre, mais aussi d'ouvrages utiles qui servirent des générations. L'autre versant de cette époque est incarné par le Kapétan Sifis Dermitzakis, combattant de la liberté né à Maronia en 1821, qui se battit dans le Péloponnèse aussi bien que dans les soulèvements crétois, fut décoré pour ses services et mourut en 1866, l'année de la grande révolte.
À la lisière sud-est du village, à côté de l'église de la Vierge et du lit du Pantélis, s'élève le vieux moulin à huile. Les gens du pays l'appellent la « Fabrika ». Il fut bâti en 1870 par le Protopapas, un archiprêtre originaire de Lastros, mort en 1924 à l'âge de quatre-vingt-dix ans ; de 1873 à 1955, il fonctionna sans interruption et produisit, à ce que l'on dit, une moyenne de quelque 300 oques d'huile par jour – environ 380 kilogrammes. Le bâtiment est modeste, sept mètres et demi sur six pour quatre mètres de haut, avec un arc d'entrée en blocs taillés et un arc transversal de pierre qui sépare le vestibule de l'espace de travail. À l'intérieur, l'outillage de la fabrication traditionnelle de l'huile est resté en place : trois grandes meules rondes, le pressoir avec sa poulie, le treuil, les balances, les scourtins et l'auge – tout l'attirail qui changeait la récolte d'olives en huile. Après son bâtisseur, le moulin passa à son fils, prêtre lui-même, puis à sa petite-fille, Anna Kouri, qui fit don de l'édifice à la communauté ; c'est un monument classé, qui fut restauré grâce à des fonds du programme européen Leader et confié à l'association culturelle du village, laquelle porte le nom de la rivière. Il est destiné à servir de musée de la culture de l'olivier – un lieu où la technique paysanne se voit non en photographies, mais dans son cadre véritable.
Non loin du village se trouve Kéfala, une éminence dans le roc de laquelle des tombes antiques ont été creusées. À proximité, les archéologues ont identifié un habitat minoen. Prises ensemble, ces découvertes montrent que le pays de Maronia ne fut pas une halte de hasard, mais une contrée où des hommes vécurent, ensevelirent leurs morts et travaillèrent la terre à travers des époques différentes. La vallée du Pantélis, qui rejoint la mer à Sitia, a toujours été une voie naturelle de la côte vers les collines.
Kéfala ne fait pas de Maronia une cité antique, pas plus qu'elle ne remplace la recherche archéologique par une jolie légende. C'est un fragment modeste mais éloquent du paysage culturel de Sitia, où le lien du village avec les anciennes routes, avec l'eau et avec la vallée fertile se lit encore aujourd'hui.
Maronia garde aujourd'hui le rythme paisible d'une communauté villageoise qui vit surtout de l'huile d'olive – le district de Sitia est réputé pour la qualité de son huile, vendue sous sa propre appellation d'origine protégée. On gagne le village par une route asphaltée, et on le parcourt à pied en une heure ou deux. Il vaut la peine d'aller des églises à la fontaine, puis de descendre au vieux moulin à huile et de poursuivre par le chemin de Kéfala et des grottes ; pour ces dernières, mieux vaut demander le sentier au kafénio. Le village se dévoile ainsi peu à peu : d'abord comme un lieu habité et vivant, puis comme un endroit qui se souvient des époques vénitienne et ottomane, enfin comme une partie du très ancien paysage archéologique de la Crète orientale.