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Chamezi se trouve à une dizaine de kilomètres avant Sitia, sur la route qui mène d'Agios Nikolaos vers l'est de l'île, à quelque 430 mètres au-dessus de la mer. Le village est petit – le recensement de 2021 lui attribuait 234 habitants, là où l'on en comptait 576 en 1940 –, mais son histoire se laisse suivre très loin en arrière : dans le registre vénitien de 1583, il apparaît sous le nom de Camesi avec 371 résidents, en 1630 sous celui de Glamesi, dans le recensement ottoman de 1671 sous celui de Hamizi et dans le recensement égyptien de 1834 sous celui de Kamesi. En 1881, alors que 313 chrétiens et 6 musulmans y vivaient, et jusqu'en 1940, la graphie officielle était Chamaizi – forme que les archéologues emploient toujours pour le site minoen. Dans ses ruelles ont subsisté des objets de la vie crétoise traditionnelle et des monuments de plusieurs époques.
Le musée local de la vie et des métiers populaires (Laografiko Mousio) est installé dans une ancienne habitation crétoise du XIXe siècle. Il fut créé en 1978 à l'initiative de l'association culturelle de Chamezi ; ce sont les villageois eux-mêmes qui ont donné les objets exposés, dont beaucoup sont chargés de souvenirs de famille. L'aile principale montre l'intérieur d'une maison paysanne, avec son métier à tisser et ses étoffes tissées à la main, ses lampes, ses ustensiles de ménage, ses jarres de stockage, ses meules et son four à pain maçonné. En 1993, une seconde aile vint s'y ajouter : un moulin à huile pour presser les olives, une forge entièrement équipée et une cour avec le pressoir où l'on foulait le raisin. On peut y voir aussi l'alambic dans lequel on distillait le raki. Le musée n'est ouvert que quelques matinées par semaine, dernièrement les lundis, mercredis et vendredis de 10 heures à 13 heures ; il est conseillé de se renseigner au préalable dans le village.
Non loin du village, sur la colline conique de Souvloto Mouri – le nom signifie « colline pointue » –, se trouve la « maison en forme d'œuf » minoenne, édifice ovale dégagé en 1903 par l'archéologue crétois Stefanos Xanthoudidis et réexaminé en 1971 par Kostis Davaras. Elle date de la phase du Minoen moyen IA, soit du XXe siècle av. J.-C. environ, le temps qui précède immédiatement les premiers palais, et elle repose sur les fondations de maisons plus anciennes, du Minoen ancien, dont elle a peut-être hérité les lignes courbes. Les pièces s'ordonnent autour d'une petite cour pourvue d'une citerne et épousent, par leur côté extérieur, la courbe du mur d'enceinte ; il y avait une entrée à l'est et une autre à l'ouest. Ce que l'on a longtemps pris pour un puits est un réservoir taillé dans le roc pour recueillir l'eau de pluie des toits, car le sommet de la colline n'a ni source ni puits. Xanthoudidis ayant trouvé des figurines d'argile, on crut d'abord que l'ensemble était un sanctuaire de sommet ; on y voit aujourd'hui une habitation qui comprenait une petite pièce de culte – la vaisselle domestique, les fragments de jarres de stockage, les pesons de métier à tisser et les cendres de foyer vont dans le même sens – et qui servait tout aussi bien de poste de guet. De la colline, la vue s'étend sur toute la baie de Sitia. Le site est signalé depuis la grande route ; les trouvailles sont aux musées d'Héraklion et d'Agios Nikolaos.
Au nord du village, très haut au-dessus de la côte, à l'emplacement d'une acropole antique, s'élève la forteresse vénitienne de Liopetro (Frourio Liopetro). Il en subsiste des pans de murailles et de tours, ainsi que des citernes voûtées, un réservoir d'eau circulaire et les restes d'autres bâtiments, et la chapelle du prophète Élie se dresse toujours au sommet ; de là s'ouvre une vaste vue sur le pays environnant et sur la mer. La place forte fut un projet vénitien tardif : proposée en 1579 par le provéditeur Giacomo Foscarini et réclamée de nouveau dans les années 1590, elle fut bâtie après 1595 comme un refuge destiné à abriter quelque 6 000 paysans en cas d'attaque turque – rôle qu'elle ne joua jamais, car, lorsque les Ottomans arrivèrent, les habitants furent conduits à Candie. Le nom serait l'abréviation de leon di petra, « lion de pierre ». Le savant français Paul Faure a suggéré que la cité antique de Pétra se trouvait ici. La montée, d'abord par une piste de terre, s'achève sur un sentier sans ombre.