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Myrtos – un village de la côte sud, sa vallée minoenne et la mémoire de 1943

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Myrtos : la mer, une vallée minoenne et la mémoire de 1943

Myrtos borde la mer de Libye à l’endroit où le Kryos Potamos – appelé Sarantapichos plus haut dans sa vallée – atteint la côte au terme de son parcours depuis les collines de Malès. La longue plage de sable gris et de fins galets, qui arbore le Pavillon bleu, commence juste au pied de la promenade du front de mer, bordée de tavernes et de kafénia ; l’eau est claire, devient vite profonde et reste tiède jusque tard dans l’automne. Derrière les maisons blanchies à la chaux s’ouvre une vallée verdoyante, avec des oliveraies et des vergers d’orangers et de citronniers, et plus à l’est s’alignent les serres de la plaine d’Ierapetra – dont les premières furent introduites en 1966 par le Néerlandais Paul Kuypers. Myrtos passe pour l’un des lieux les plus chauds de Crète, avec des températures de l’ordre de 28 °C en juillet et en août et de 13 ou 14 °C en janvier et en février, et, à la différence de bien des stations du littoral, il a gardé le caractère d’un village. Cinq cents personnes environ y vivent – 518 au recensement de 2021. Le tourisme est arrivé au début des années 1970, quand l’endroit avait la faveur des hippies, mais les grands complexes hôteliers en sont toujours absents, et la vie se déroule dans quelques ruelles, entre l’église, la place et la mer.

Myrtos – un village de la côte sud, sa vallée minoenne et la mémoire de 1943

Un village jeune sur un sol ancien

Le Myrtos d’aujourd’hui est étonnamment jeune. Il ne vit le jour que vers la fin du XIXe siècle – le recensement de 1881 n’y trouva que 127 personnes –, lorsque des familles des villages de collines de l’arrière-pays, de Gdochia surtout, descendirent sur la côte : la mer était redevenue sûre, une fois écarté le danger de la piraterie, et l’huile, les caroubes et les fruits pouvaient commodément être expédiés d’ici vers Ierapetra. Le site, bien entendu, avait été occupé longtemps auparavant. Les restes d’un établissement romain, avec mosaïques et thermes, ont été mis au jour du côté ouest du village, bien qu’une grande partie d’une villa romaine ait depuis été emportée par l’érosion du littoral ; et le toponyme antique, tiré du myrte qui pousse dans la région, survit dans le nom moderne. Une petite collection archéologique, au village, fruit de la passion de collectionneur d’un instituteur, présente des trouvailles des environs et une maquette très parlante de l’habitat minoen de Fournou Koryfi. Cet instituteur était Georgios Dimitrianakis (1923-1994), qui enseigna à Myrtos de 1957 à 1977 et ramassa les vases, les outils et les fragments de figurines épars dans les champs à l’est du village, pour les soustraire aux dégradations et au vol. La collection est installée depuis 2001 à côté de la vieille église, au milieu du village, et la maquette, à l’échelle d’un pouce pour un mètre, est l’œuvre du potier britannique John Atkinson.

Pyrgos et Fournou Koryfi

Le pays de Myrtos est étroitement lié à deux sites minoens, tous deux perchés sur des collines au-dessus de la côte. Fournou Koryfi (Φούρνου Κορυφή), à trois kilomètres et demi environ à l’est du village, fut fouillé en 1967 et 1968 par l’archéologue britannique Peter Warren. L’habitat du Minoen ancien, du IIIe millénaire av. J.-C., se compose de dizaines de petites pièces accolées les unes aux autres, quelque quatre-vingt-dix en tout : pièces d’habitation et magasins, un atelier de potier, des espaces pour le tissage et pour la fabrication du vin et de l’huile, et, à la lisière sud-ouest, une pièce interprétée comme un sanctuaire. Ses habitants cultivaient les céréales, l’olivier et la vigne et élevaient moutons, bovins et porcs ; parmi la céramique figure la vaisselle de Vassiliki, typique de l’époque, et les tournettes de potier trouvées ici sont aujourd’hui dans la collection d’Ierapetra. C’est dans le sanctuaire que fut découverte la fameuse « déesse de Myrtos », un vase à libations creux, en argile, en forme de femme serrant une cruche au creux de son bras ; on peut la voir aujourd’hui au Musée archéologique d’Agios Nikolaos. Vers 2200 av. J.-C., l’habitat périt dans un incendie et ne fut pas reconstruit.

La colline de Pyrgos (Πύργος), immédiatement à l’est de l’embouchure et à un demi-kilomètre environ du village, fut au contraire habitée pendant plus de mille ans. À l’époque néopalatiale, une imposante maison de campagne s’éleva à son sommet, avec une cour dallée, une citerne et un escalier ; une tombe-maison à deux niveaux, une tour et des trouvailles de sceaux et de tablettes en linéaire A montrent que la vallée était administrée d’ici. La tombe renfermait les restes de 65 personnes. Vers 1450 av. J.-C., cet édifice brûla lui aussi – délibérément, semble-t-il, car les maisons du village qui l’entourait furent épargnées. À l’époque hellénistique, une tour de guet fut construite au sommet de la colline. Le site fut fouillé entre 1970 et 1982 par Gerald Cadogan. Les trouvailles des deux collines prouvent que la vallée appartient à la plus ancienne histoire de la Crète ; la rivière et la terre fertile expliquent pourquoi les hommes y sont revenus sans cesse au fil des millénaires.

Le 15 septembre 1943

Le chapitre le plus sombre de l’histoire du village porte la date du 15 septembre 1943. Après le combat de Kato Symi, où des résistants crétois avaient défait un détachement allemand, la puissance occupante ordonna de dévaster toute l’étendue de pays allant de Viannos au lit de la rivière à Myrtos. Dans le courant de la matinée, les troupes atteignirent le village ; les habitants reçurent deux heures pour le quitter. Au début de l’après-midi commencèrent les arrestations et les exécutions : dix hommes, parmi lesquels le président de la communauté, Michaïl Andréopoulos, qui s’efforçait encore de négocier, furent tués derrière l’église d’Agios Antonios, et d’autres habitants – des vieillards, un infirme, une femme dans sa propre maison – ailleurs dans le village. Les maisons furent pillées puis, vers quatre heures, livrées aux flammes ; deux jours plus tard mourut une dix-huitième victime. Les survivants s’enfuirent à Anatoli et à Ierapetra, et le secteur fut déclaré zone interdite. Dans les villages de la province occidentale d’Ierapetra, 131 personnes au total perdirent la vie en ces journées, hommes, femmes et enfants.

Aujourd’hui, Myrtos allie ce devoir de mémoire à une vie culturelle animée : en été, l’association culturelle organise des concerts, une fête de village sur la plage et des soirées de cinéma dans la cour de l’église Saint-Antoine. Qui s’y arrête y trouvera une bonne base pour des excursions dans les collines de Malès et d’Anatoli, vers les plages de Tertsa à l’ouest et vers les collines minoennes à l’est.