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La Panagia Kera (Παναγία Κερά) se dresse à un kilomètre environ avant Kritsa, au bord de la route qui monte d'Agios Nikolaos, distante d'une dizaine de kilomètres, au lieu-dit Logari, parmi les oliveraies et les cyprès. C'est l'une des plus importantes églises byzantines de Crète et le principal monument des environs de la ville. « Kera » est un vieux mot crétois qui signifie « Dame » – titre d'honneur donné à la Vierge Marie, que l'on retrouve en plusieurs endroits de l'île, et notamment au monastère de Kera Kardiotissa, sur la route du plateau du Lassithi.
L'église est dédiée à la Dormition de la Toute-Sainte Mère de Dieu et célèbre sa fête le 15 août. Elle n'a pris sa forme actuelle que peu à peu : il n'y eut d'abord que la nef centrale, édifice de pierre à coupole et à salle unique, couvert de tuiles, auquel on adjoignit plus tard deux nefs latérales. Il en résulte une église à trois nefs coiffée d'une coupole en son milieu – basse, large et, vue de la route, étrangement semblable à une tente blanche que ses contreforts arrimeraient au sol.
L'église primitive fut probablement bâtie à l'époque byzantine moyenne. Les plus anciennes fresques de la nef centrale sont datées du milieu du XIIIe siècle environ ; il n'en subsiste que des fragments, principalement dans l'abside du sanctuaire et sur les arcs situés sous la coupole. Leur manière est austère et linéaire : les figures sont rendues avec retenue, les formes soulignées par des contours fermes, et les compositions obéissent à l'ordonnance byzantine héritée du passé.
Au début du XIVe siècle, l'église fut rénovée de fond en comble. Les dégâts causés par le grand tremblement de terre de 1303 en furent sans doute l'occasion. C'est alors que l'église reçut une nouvelle coupole, que la nef centrale fut repeinte – dans les deux premières décennies du siècle – et que furent ajoutées les deux nefs latérales, ainsi que l'entrée occidentale et le petit clocher ; leur décor propre suivit dans la première moitié du XIVe siècle.
La seconde campagne de peinture de la partie centrale relève de l'art paléologue à ses débuts, dernière grande floraison de la peinture byzantine sous la dynastie qui régna à Constantinople à partir de 1261. Les figures se meuvent avec plus de liberté, les compositions gagnent en complexité, et l'on perçoit un effort pour rendre visible le sentiment humain. Sur les murs se déploie le cycle évangélique – scènes de la vie du Christ, de la Vierge et des saints.
Au XVIe siècle, on posa sur les façades est et ouest les pignons qui déterminent encore l'aspect extérieur. Au XVIIIe siècle, l'église fut rénovée une fois de plus : en 1722, la famille Managaris y fit exécuter des travaux, et, en 1732, un peintre inconnu repeignit l'icône de la Vierge. Enfin, au début des années 1950, on boucha les fissures de la coupole, et les fresques, qui menaçaient de se détacher du mur, furent nettoyées et consolidées.
La nef centrale est dédiée à la Dormition, mais son décor embrasse un champ bien plus vaste. On y voit représentées les fêtes de l'année liturgique, le Dodékaorton, et les principaux événements des Évangiles : la Nativité, le Baptême, l'Entrée à Jérusalem, la Cène, la Crucifixion, la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte et d'autres scènes. Dans l'abside trône la Vierge Platytera, « plus vaste que les cieux » ; la voûte du sanctuaire est occupée par l'Ascension.
Sur les murs apparaissent aussi des prophètes, des apôtres, des évangélistes, des archanges et des saints : douze prophètes dans le tambour de la coupole, quatre anges dans sa calotte, les évangélistes dans les pendentifs, au-dessous. La coupole elle-même, au lieu de l'habituel Pantocrator unique, porte quatre scènes évangéliques – la Présentation au Temple, le Baptême, la Résurrection de Lazare et l'Entrée à Jérusalem. Parmi les autres sujets figurent le Massacre des Innocents et le Festin d'Hérode et, sur le mur ouest, autour de la Crucifixion, les supplices des damnés, auxquels préside l'archange Michel ; saint Georges, sur son cheval blanc, charge le dragon. Chose rare dans une église orthodoxe, on voit sur le pilier nord-ouest la figure de saint François d'Assise, représenté avec les stigmates – preuve de la proximité à laquelle parvinrent piété latine et piété grecque dans la Crète vénitienne, où le saint était honoré comme l'ami des pauvres.
La nef sud est placée sous le vocable de sainte Anne ; ses peintures sont les mieux conservées de l'église et sont particulièrement expressives. Dans l'abside paraît Anne elle-même, dans l'attitude de la Platytera, et, au-dessous d'elle, se tiennent en pied de saintes femmes telles qu'Irène, Kyriaki et Barbe. Des scènes de la vie de sainte Anne et de la Vierge y subsistent, dont certaines remontent aux évangiles apocryphes.
Quatorze panneaux rectangulaires, disposés sur deux registres superposés, montrent la maison de Joachim, la prière d'Anne, la Nativité de la Vierge, l'épreuve de l'eau – où l'on fait boire à Marie et à Joseph l'« eau de la conviction » pour prouver leur innocence – et d'autres épisodes tirés des traditions sur l'enfance de Marie, ainsi que le voyage à Bethléem, la Vierge assise sur un âne. Cette peinture se distingue par ses visages parlants, par un réalisme presque narratif et par une composition plus libre. Les spécialistes la rattachent aux courants de l'époque paléologue et à l'école macédonienne. Par leur qualité, ces fresques soutiennent la comparaison avec les monuments de Mistra, du mont Athos et de Macédoine. Une inscription de donateurs, sur le mur ouest de la nef, nomme la communauté villageoise de Kritsa et un certain Antonios Lameras.
Les nefs latérales servaient probablement aussi de chapelles funéraires. C'est ce que suggèrent les représentations de la Seconde Venue et les portraits des donateurs – la famille de Georgios Mazizanis, qui figure avec sa femme et son enfant dans le costume de son temps. Le portrait des donateurs et le grand Jugement dernier se trouvent dans la nef nord, le portrait sur son mur nord. Les donateurs finançaient la construction et le décor d'une église ; leurs effigies étaient tout à la fois un témoignage de gratitude et une supplique pour le salut de leur âme. Il s'accorde avec ce tableau que les fouilles menées à l'intérieur et autour de l'église aient mis au jour de nombreuses tombes à ciste.
La nef nord est dédiée à saint Antoine, l'ermite égyptien tenu pour le père du monachisme. Son décor, un peu moins bien conservé, diffère des fresques des parties centrale et méridionale. Une autre main y est à l'œuvre, ce qui montre bien que l'église ne fut décorée ni par un seul maître ni en une seule campagne. Dans le sanctuaire, le Christ apparaît en Pantocrator au-dessus des Pères de l'Église officiant ; les murs sont dominés par la Seconde Venue, racontée tout au long et sur un ton apocalyptique : les apôtres trônant, les chœurs des anges, des martyrs et des saints, l'ange à la trompette, la Terre et la Mer personnifiées qui rendent leurs morts, la pesée des âmes, les damnés – et un Paradis peint avec amour, planté d'arbres et peuplé d'oiseaux, où la Vierge est assise auprès des patriarches Abraham, Isaac et Jacob.
Prises ensemble, les trois nefs de la Panagia Kera composent une histoire de la peinture murale crétoise. S'y côtoient l'austère manière byzantine, la puissance expressive des débuts de l'âge paléologue, les influences macédoniennes et le caractère singulier de la tradition crétoise locale.
La Panagia Kera est une église à trois nefs voûtées en berceau, avec une coupole sur la nef centrale. Son plan est presque carré et ne mesure qu'environ 10 mètres sur 10,5 ; la nef centrale est large de 3,75 mètres et haute de 4,5 mètres à la clef de la voûte, et les nefs latérales sont plus étroites et plus basses. La coupole repose sur un haut tambour cylindrique que portent quatre piliers. Les nefs latérales communiquent avec la nef par des arcades. Certains des arcs furent élargis par la suite, et une partie du décor de fresques d'origine disparut à cette occasion.
L'extérieur associe des traits byzantins et vénitiens. Le plus frappant, ce sont les fenêtres des nefs latérales : elles sont en arc outrepassé et encadrées d'un bandeau de calcaire à dents de scie, du genre de ceux qui caractérisent nombre d'édifices vénitiens de Crète. Les murs nord et sud sont épaulés par des contreforts triangulaires – trois de chaque côté, ajoutés au XIVe siècle pour reprendre la poussée de la coupole – qui donnent au petit édifice sa silhouette trapue, reconnaissable entre toutes.
La Panagia Kera doit sa valeur non à telle ou telle fresque, mais au caractère complet de son programme pictural et théologique. Dans une seule église, on peut suivre plusieurs étapes de l'évolution de l'art byzantin et crétois.
La nef centrale raconte la vie du Christ et celle de la Vierge. La nef sud déroule les traditions relatives à sainte Anne et à l'enfance de Marie. La nef nord appartient à saint Antoine. Les images de la Seconde Venue rappellent la fin de la vie terrestre et l'espérance de la résurrection.
La Panagia Kera est aujourd'hui tout à la fois un lieu de culte orthodoxe, un monument de l'architecture byzantine et l'une des grandes galeries de peinture murale médiévale de Crète. Ses fresques montrent comment la tradition théologique, la pratique des ateliers locaux, l'influence de la Macédoine et des formes vénitiennes plus tardives se sont rencontrées dans l'île. L'église est gérée comme un monument d'État, avec entrée payante ; on trouve un parc de stationnement au bord de la route et un café sous les arbres. La photographie est en général interdite à l'intérieur, et le mieux est de prendre son temps, jusqu'à ce que l'œil se soit accoutumé à la pénombre – le matin, avant l'arrivée des autocars venus de la côte, est l'heure la plus calme.