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Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

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Faneromeni : un monastère devant la grotte

Le monastère de la Panagia Faneromeni (Ιερά Μονή Παναγίας Φανερωμένης) est un ensemble remarquable, qui s’est développé devant des grottes ouvertes dans une paroi verticale, au sein d’un paysage rude et pourtant plein de beauté. Il se tient à 540 mètres d’altitude sur un versant du mont Stavros, l’un des contreforts des monts Dikti, dans les collines à l’ouest de Pachia Ammos et très haut au-dessus de la ville minoenne de Gournia – ce pourquoi les gens du pays parlent aussi de la « Panagia de Gournia » –, à quelque 24 kilomètres d’Agios Nikolaos ; Ierapetra, de la municipalité de laquelle il relève, est à peu près à la même distance. De la route côtière, une étroite route asphaltée et sinueuse grimpe sur six kilomètres environ ; au sommet, la vue embrasse tout le golfe de Mirabello jusqu’à Agios Nikolaos. C’est un monastère d’hommes en activité, placé sous l’autorité de la métropole de Hiérapytna et Sitia, où les offices sont encore célébrés chaque jour, et il passe pour le plus grand lieu de pèlerinage de la Crète orientale.

Aucune année précise de fondation ne nous est parvenue, et les bâtiments ne portent pas d’inscription de fondateur. Le monastère existait cependant déjà à l’époque byzantine moyenne, puisque, selon la tradition, les chefs des Crétois s’y rassemblèrent durant les années de la grande révolte commencée en 1282, afin de délibérer sur la manière de poursuivre la lutte contre les conquérants vénitiens. L’ensemble reçut sa forme défensive à l’époque post-byzantine, surtout sous la domination ottomane, quand on y tint aussi une « école secrète », dont la salle subsiste encore. De l’avis des autorités chargées de la conservation, les constructions aujourd’hui visibles appartiennent pour l’essentiel aux XIXe et XXe siècles.

L’ensemble dessine un plan rectangulaire d’environ 49,5 mètres sur 24,5. Il s’élève sur un terrain rocheux en forte pente, devant une falaise à pic qui renferme la grotte où est logée l’église du monastère. Le catholicon restauré porte une double dédicace : il est consacré à la Mère de Dieu – la Faneromeni, « celle qui fut révélée » – sous les vocables de sa Dormition et de la Source vivifiante. La grotte, avec son atmosphère de recueillement, fut le noyau autour duquel grandit le monastère. Quatre corps de bâtiments, hauts de deux et trois étages et échelonnés sur deux niveaux, se groupent autour d’une étroite cour intérieure ; hors de l’ensemble principal se trouvent des bâtiments agricoles et la plus récente hôtellerie du monastère. Malgré les interventions des dernières décennies, qui ont entraîné par endroits des altérations considérables, Faneromeni est sans conteste un témoin important de l’architecture monastique crétoise du XIXe siècle ; une restauration d’ensemble destinée à préserver ce caractère est financée par la Région de Crète, aux termes d’une convention passée avec la métropole.

Le monastère célèbre sa fête principale le 15 août, jour de la Dormition de la Mère de Dieu. La Panagia Faneromeni passe pour accomplir des miracles et elle est de ce fait connue dans toute la Crète, surtout dans l’unité régionale du Lassithi et dans les districts de Pédiada et de Viannos, dans la région d’Héraklion. Année après année, les fidèles affluent, en particulier la veille de la fête. La célébration revêt ici un caractère bien à elle : chacun des quinze jours d’août qui précèdent la fête, les gens arrivent en grand nombre, certains demeurant plusieurs jours à l’hospice du monastère pour jeûner et prier, et beaucoup – les jeunes surtout, et les mères avec leurs enfants – font l’ascension à pied, selon la coutume de bien des générations, quelques-uns nu-pieds, pour accomplir un vœu, remercier la Mère de Dieu d’un secours reçu et prier devant la Dame Faneromeni avec révérence, humilité et foi.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Histoire, architecture et tradition

Les chroniques sont muettes sur l’année où le monastère fut bâti ; les pierres elles-mêmes ne portent que les traces d’époques plus tardives, qui renvoient à des travaux du XIXe siècle. À en juger par ses caractères architecturaux, la forme actuelle de l’ensemble remonte néanmoins aux XVIe et XVIIe siècles – temps où les incursions des corsaires et des flottes turques sur la côte nord de l’île se multiplièrent et où nombre de monastères crétois se muèrent en petites forteresses. Une rénovation du monastère est consignée pour l’année 1624. Quant à la fondation, on la situe dans la seconde période byzantine de la Crète (961–1204), c’est-à-dire avant la domination vénitienne, qui s’établit solidement dans l’île à partir de 1211.

Le catholicon est construit dans une grotte qui s’enfonce profondément dans la roche massive, sous un toit de pierre très en surplomb ; un escalier de pierre y monte depuis la cour. C’est la partie la plus ancienne du monastère. L’église à deux nefs est dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu et à la Zoodochos Pigi. Les peintures murales des parois de la grotte sont fortement noircies – par un incendie que l’on attribue aux incursions turques. L’église communique avec une seconde cavité, à laquelle on accède par des marches et où s’amasse l’eau qui suinte des pores fins de la roche ; les fidèles la tiennent pour une eau bénite.

Selon la légende, c’est dans cette grotte que l’icône de la Mère de Dieu fut révélée à un berger, et telle est l’origine du nom de Panagia Faneromeni. Le berger avait remarqué que le bélier meneur de son troupeau disparaissait chaque jour vers midi. Un jour, il suivit l’animal jusqu’à un rocher presque inaccessible d’où l’eau gouttait, et là il aperçut l’icône. Il la rapporta dans sa cabane, mais toute tentative de déplacer ailleurs l’objet sacré fut vaine – le lendemain matin, l’image avait disparu et on la retrouvait dans la grotte.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Il en alla ainsi jusqu’à ce que le berger comprît que l’icône voulait demeurer en ce lieu, où les gens de la contrée bâtirent plus tard le monastère. Dans la croyance des pèlerins, la sainte image se montre encore : le jour de la Dormition surtout, le 15 août, et aux autres fêtes de la Vierge, elle apparaît aux fidèles puis, mystérieusement, se dérobe de nouveau à leur vue.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Le monastère, refuge et forteresse

Faneromeni n’est pourtant pas seulement un lieu de pèlerinage vénéré et la fierté spirituelle de la Crète orientale. C’est aussi un refuge historique où les insurgés crétois cherchèrent abri et réconfort durant les années troublées des dominations vénitienne et turque. Sa position fortifiée et son allure de château attestent son caractère défensif : comme dans bien des monastères bâtis à la même époque, les murs extérieurs des bâtiments tiennent lieu de courtine, percés seulement de très petites fenêtres qui servaient de meurtrières, et des créneaux et des embrasures subsistent encore. À l’intérieur se trouvait tout ce dont avait besoin une communauté close – un fournil, des celliers et les cellules des moines.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Faneromeni et la lutte pour la liberté de la Crète

Après la quatrième croisade, en 1204, la Crète changea de maîtres : l’île fut vendue à Venise, les Génois la disputèrent un temps aux Vénitiens, et à partir de 1211 commença la colonisation vénitienne systématique. En 1282, les Crétois se soulevèrent contre la République sous la conduite d’Alexis Kallergis. Lorsque les Génois, par l’entremise de leur amiral Doria, offrirent à Kallergis leur aide sans rien demander en retour, il refusa. Il s’ensuivit des querelles entre les chefs, et leur unité s’en trouva affaiblie : les uns voulaient faire cause commune avec Gênes, les autres restaient fidèles à Kallergis, et même certains de ses plus proches compagnons se détournèrent de lui.

Dans cette situation tendue, l’higoumène du monastère de Faneromeni d’Ierapetra convoqua les chefs dans l’église du monastère le dimanche des Rameaux 1293. Après la communion, il les y enferma et présida lui-même l’assemblée, si bien que la maison de Dieu devint une salle de conseil – un parlement, selon les termes du récit que le monastère donne lui-même. La dispute fut âpre, et quand une foule surexcitée fit irruption dans l’église en portant la bannière de l’empereur byzantin Andronic Paléologue, les chefs se dispersèrent ; seuls sept hommes des campagnes tinrent bon jusqu’au bout. Entonnant des hymnes de victoire, ils sortirent à l’air libre et jurèrent fidélité à Andronic. L’higoumène bénit la bannière et la dressa près du crucifix. Les insurgés restèrent certes divisés en cinq factions, mais l’épisode montre de quel prestige jouissait le monastère, le plus ancien de la Crète orientale, et quel rôle de médiateur lui revenait aux moments décisifs.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Durant la période de la domination turque, le monastère – grâce à sa position stratégique sur un versant difficile à gravir, à une hauteur d’où il commandait tout le pays alentour – devint une place inexpugnable et le pivot des insurgés chrétiens dans une lutte qui s’étira sur de longues décennies. Il fut le refuge et la base des chefs des soulèvements, un lieu où les hommes se réunissaient et prenaient des décisions lourdes de conséquences.

Le caractère défensif est confirmé par la « zematistra » (ζεματίστρα), littéralement l’« ébouillanteuse », ouverture ménagée au-dessus de l’entrée principale, par laquelle on versait de l’huile bouillante – ou, selon d’autres récits, du plomb fondu – sur les assaillants qui tentaient de forcer le passage. Pendant les sièges, une petite grotte située au sud-ouest de l’église rupestre, dédiée à la Transfiguration du Sauveur et dont le monastère faisait son lieu de sépulture, servait au ravitaillement des combattants et d’issue dérobée, par où ils pouvaient aller et venir sans être vus.

Le monastère, de plus, comme bien d’autres en Crète, soutint de ses deniers les soulèvements contre la domination ottomane. Des hommes respectés, qui croyaient aux buts de l’insurrection grecque et recherchaient la protection de la Mère de Dieu, y trouvèrent souvent asile – parmi eux le combattant de la liberté Frangios Tsantirakis, de Kato Chorio près d’Ierapetra, qui alla jusqu’à léguer ses terres au monastère pour servir la lutte. Bien des chrétiens cédèrent leurs biens à la Panagia en ces années-là, tantôt pour les soustraire à la confiscation, tantôt en mémoire de leurs parents défunts. Une lettre écrite en 1878 par l’higoumène Néophytos au chef Emmanouil Lakerdas, d’Anatoli, pour lui demander de protéger le monastère des pillards turcs, témoigne du lien invisible mais profond qui unissait monastère et insurgés. Des sommes considérables allèrent aussi aux œuvres de charité, à l’instruction et au soutien de diverses institutions. La tradition de l’asile se prolongea jusqu’au XXe siècle : pendant l’occupation allemande et italienne de la Seconde Guerre mondiale, les pères et les bergers de Faneromeni cachèrent dans les grottes des soldats alliés et des résistants et les aidèrent à gagner l’Égypte.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Un nouveau chapitre s’ouvrit en 1839, quand Gérasimos – connu, après son pèlerinage en Terre sainte, sous le nom de Chatzi-Gérasimos – devint higoumène : le monastère fut réparé, reçut une forme ordonnée et acquit une large renommée. Gérasimos rénova l’église de la grotte, lui donna pour l’essentiel son aspect actuel et la dota d’une iconostase, d’icônes et de vases liturgiques. Son œuvre attira un grand nombre de pèlerins, qui gratifièrent le monastère d’objets précieux et de parcelles de terre. L’achat d’autres domaines et leur gestion énergique jetèrent les bases de la prospérité économique et affermirent le rôle de Faneromeni, à la fois centre spirituel et place forte de la résistance à la domination turque.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

L’école secrète et la mémoire de la Crète

Sous la domination ottomane, Faneromeni devint un important pilier de l’instruction dans la région. Y apprirent à lire et à écrire non seulement les jeunes gens réfugiés entre ses murs, mais aussi les enfants des villages environnants. Selon la tradition monastique, au mépris de l’interdiction par laquelle les autorités turques entendaient étouffer la volonté de révolte, on y tint l’une des premières écoles secrètes de Crète – certains disent la toute première. L’enseignement n’avait pas un caractère purement scolaire : il fortifiait chez les enfants leur foi et la conscience de leurs origines, nourrissait l’aspiration à la liberté et raffermissait l’esprit de résistance. On leur apprenait l’histoire de la Grèce, les fondements de la religion et l’amour de leur patrie.

Les leçons se donnaient dans une salle située au sud-ouest de l’ensemble, à droite de l’entrée principale. Elle était adaptée aux exigences du temps : les murs sont renforcés et les fenêtres maintenues aussi petites que des meurtrières, afin que rien ne pût être remarqué du dehors ; un passage souterrain muni d’une trappe aurait offert aux élèves un accès sûr.

Parmi les élèves figura Rodanthi Kritsotopoula, qui serait venue ici à cinq ans seulement, envoyée par son père, lequel la destinait à devenir institutrice.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Rodanthi Kritsotopoula : l’histoire d’une héroïne

Rodanthi était la fille du protopapas, le premier prêtre, de Kritsa ; son surnom de Kritsotopoula signifie « la fille de Kritsa ». En 1817, raconte-t-on, l’aga turc Hursit, qui avait demandé sa main et essuyé le refus de ses parents, tua sa mère, enleva de force la jeune fille dans son harem et voulut l’épouser. Elle lui échappa cependant en le tuant sur le lit nuptial – avec son propre couteau, dit-on, et, selon la tradition locale, au village de Choumeriakos, où il avait sa résidence.

Son chemin la mena ensuite loin de chez elle. Déguisée en homme, Rodanthi rejoignit les insurgés du plateau du Lassithi commandés par le kapetan Manolis Kazanis. Sous le nom d’emprunt de « Spanomanolis » – « spanos » signifie « imberbe », et Manolis est l’un des prénoms les plus répandus en Crète –, elle combattit avec une résolution intrépide et ne fit aucun quartier à l’ennemi, au nombre duquel se trouvait le meurtrier de sa mère. Dans l’un des engagements décisifs de l’époque, elle fut mortellement blessée : ce fut la bataille de Kontaratos, près de Kritsa, livrée deux jours durant en janvier 1823 sur le terrain qui sépare le village de l’antique Lato, contre les troupes de Hassan Pacha.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Avec cette blessure, elle regagna Kritsa, son village natal, où on la porta dans la maison de son père pour y être soignée. Là, au seuil de la mort, on découvrit qui était réellement le combattant imberbe. Le père reconnut sa fille et, à ce que dit le récit, tous deux moururent dans les bras l’un de l’autre. Ainsi sa vie s’acheva-t-elle sur un chapitre à la fois héroïque et tragique de l’histoire de la lutte crétoise pour la liberté ; à Kritsa, le souvenir de la Kritsotopoula est vivant aujourd’hui encore. Une rue porte son nom, et deux œuvres du sculpteur britannique Nigel Ratcliffe l’honorent : un monument dans la rue principale du village, et un relief de pierre sur le champ de bataille, en contrebas de Lato, montrant Rodanthi blessée, soutenue dans les bras d’un compagnon d’armes.

Domaines, économie et charité

Grâce aux donations, le monastère acquit de vastes terres agricoles durant la période turque et absorba, à titre de métochia, ou dépendances, les monastères plus modestes d’Armos, d’Exakousti et de Karydiani, dans le district d’Ierapetra. La richesse entraîna un conflit avec les agas d’Ierapetra : lorsque l’aga turc Tsangalidis, dont la propriété lui était contiguë, tenta de s’approprier les terres limitrophes du monastère, la communauté se vit contrainte de plaider en justice pour la restitution de ses biens. Après l’arpentage de 1893, les domaines s’étendaient au nord jusqu’à la mer et au sud jusqu’au plateau d’Asari et au monastère de Vryomeni ; ils comprenaient quatre métochia – Pyrovolos, Asari, Achlada et Vryomeni – et des biens dispersés en 239 lieux distincts dans les provinces d’Ierapetra, de Mirabello et de Sitia.

En 1925, en vertu de la loi 3345, les trois cinquièmes des biens du monastère furent transférés au fonds crétois des réservistes, afin de pourvoir aux besoins des anciens combattants de la campagne d’Asie Mineure et de leurs familles ; d’autres parcelles furent cédées par l’intermédiaire de l’Organisme d’administration des biens monastiques (O.D.M.P.) du Lassithi.

En 1881, sept moines vivaient au monastère. En 1901, leur nombre s’était élevé à dix-neuf, après que les monastères d’Exakousti et de Karydiani, près d’Ierapetra, et d’Agios Ioannis Theologos, près de Kritsa, eurent été dissous et rattachés à Faneromeni. Par deux fois, en 1900 et en 1930, le monastère fut lui-même déclaré dissous pour un temps ; dès 1903 cependant, puis de nouveau en 1935, il fut rétabli, et en 1961 une loi le reconnut enfin comme monastère permanent et en activité. Ainsi poursuit-il sa longue histoire – aujourd’hui avec une communauté fort réduite, qui ne compte que l’higoumène, l’archimandrite Païssios Dermitzakis, et un diacre.

Le monastère pendant les années d'occupation

Sous l'occupation allemande et italienne de la Seconde Guerre mondiale, le monastère devint le refuge des traqués et des patriotes qui refusaient de se soumettre à l'occupant. Ce rôle, la maison l'avait déjà tenu : sous la domination vénitienne comme sous la domination ottomane, ses murs fortifiés, dressés à 540 mètres d'altitude sur les pentes des monts Dikti, avaient abrité les insurgés crétois, et une grotte située du côté sud-ouest, qui débouche sur le cimetière monastique, servait de longue date à faire entrer les vivres et à faire sortir discrètement les fugitifs. Les moines de Faneromeni cachèrent cette fois des soldats alliés dans les grottes de la montagne environnante et les aidèrent à gagner l'Égypte.

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Les quinze jours d'août

Les pèlerins viennent toute l'année, de toutes les régions de l'île, vénérer l'icône miraculeuse dans son église rupestre, lointaine et sanctifiée, qui est dédiée à la fois à la Dormition de la Vierge et à la Source vivifiante. Dans les jours qui précèdent le 15 août, des fidèles de tous âges se joignent à eux. Suivant une coutume tenue ici pour sacrée, ils passent les deux premières semaines du mois – le « Dekapentari », les quinze jours de jeûne qui conduisent à la fête – dans l'hôtellerie rénovée du monastère, s'adonnant au jeûne et à la prière et assistant au cycle quotidien des offices : la Liturgie, les vêpres, le canon de supplication à la Mère de Dieu et les complies. Les miracles que l'on dit s'être accomplis ici ne se comptent plus ; maintes et maintes fois, des gens ont témoigné que la grâce de Dieu avait guéri les souffrances du corps et celles de l'âme, et les milliers d'ex-voto suspendus dans l'église racontent la même histoire.

La fête de la Dormition de la Mère de Dieu revêt à Faneromeni une atmosphère qui n'appartient qu'à elle, grave et recueillie, et elle attire des pèlerins de l'île entière, dont certains arrivent à pied pour s'acquitter d'un vœu. Avec révérence et humilité, portés par une foi profonde, les fidèles perpétuent une tradition vieille de plusieurs siècles et montent vers la Toute-Sainte, « Celle qui s'est révélée », en quête d'une rencontre véritable avec Dieu. La Mère de Dieu, tel est le sentiment des pèlerins, leur dispense en abondance bénédiction, consolation et paix, et emplit leur cœur de force et d'espérance pour le chemin qui reste à parcourir. C'est à elle qu'ils adressent leurs prières et qu'ils se confient ; ils implorent sa puissante protection et chantent : « Toute mon espérance, je la place en toi, Mère de Dieu très pure ; garde-moi sous ta sainte protection. »

Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia Le monastère de la Panagia Faneromeni au-dessus de Gournia

Les miracles attachés à l'icône de la Mère de Dieu

Les récits qui suivent appartiennent à la tradition vivante du monastère, dont l'icône passe pour miraculeuse dans tout le Lassithi et bien au-delà. Ils sont transmis par les moines et par les pèlerins eux-mêmes, et on les consigne ici tels qu'on les raconte à Faneromeni – comme des témoignages de foi, non comme des faits vérifiés.

Conseils aux visiteurs

L'embranchement qui mène au monastère se trouve sur la route côtière entre Agios Nikolaos et Pachia Ammos, non loin du site minoen de Gournia, qui s'étend juste en contrebas, de sorte que l'on peut aisément réunir les deux visites en une seule matinée ; le monastère est à 24 kilomètres environ d'Agios Nikolaos. La route de montagne est asphaltée de bout en bout, mais étroite et exposée, et elle s'élève du rivage jusqu'à 540 mètres ; on la prendra lentement, en s'attendant à croiser des véhicules, surtout dans la première quinzaine d'août, quand séjournent les pèlerins du Dekapentari. Faneromeni est un monastère en activité – une petite communauté de moines placée sous l'autorité d'un higoumène, au sein de la métropole d'Ierapetra et de Sitia. L'enceinte elle-même est ramassée : un rectangle aux allures de forteresse, d'environ 50 mètres sur 25, dont les corps de bâtiment enserrent une cour étroite ; au-dessus de l'entrée, on cherchera l'ouverture par laquelle on pouvait jadis verser un liquide bouillant sur les assaillants. Quiconque gravit l'escalier de pierre qui conduit de la cour à l'église rupestre devrait s'accorder un instant : pour la pénombre sous le toit de roche, pour les murs noircis par la suie, pour l'eau qui goutte dans la grotte voisine, où on la recueille comme eau bénite – et, au moment de ressortir, pour la vue, qui porte du golfe de Mirabello jusqu'aux montagnes de Sitia.