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Pachia Ammos et l'église Sainte-Photine

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Là où la Crète est la plus étroite et où douze kilomètres à peine séparent la mer de Crète de la mer de Libye, le village côtier de Pachia Ammos se niche dans le recoin le plus profond du golfe de Mirabello, à la bifurcation où la route venue d'Héraklion et d'Agios Nikolaos se divise pour Sitia et pour Ierapetra. Sa plage est la plus longue de toute la côte nord de la province d'Ierapetra, et juste au-dessus du village s'élève l'église Sainte-Photine – un prénom familier au monde slave sous la forme Svetlana.

Le village est jeune. Le toponyme est attesté dès 1630, mais il n'existait alors aucune agglomération ; il ne s'en forma une qu'au début du XXe siècle, et rapidement. Le recensement de 1928 mentionne Pachia Ammos pour la première fois – avec 162 habitants –, et l'on en comptait 574 en 2011 ; la communauté dans son ensemble en recensait 827 en 2021. Le village doit son essor à sa position de carrefour : ici se rejoignent les routes d'Agios Nikolaos, de Sitia et d'Ierapetra. Le long du front de mer s'aligne une rangée de tavernes de poisson qui valent à l'endroit une réputation dépassant de loin le canton. À deux kilomètres à l'ouest, sur une colline, s'étend la ville minoenne de Gournia, qui prospéra vers 1600 av. J.-C. ; dans le village même, l'Institute for Aegean Prehistory a installé son centre d'étude pour la Crète orientale, où l'on travaille sur les trouvailles des fouilles menées autour du golfe, avec une bibliothèque, des archives et des laboratoires de conservation, de pétrographie céramique et d'étude des ossements animaux.

La plage au fond du golfe

À l'ouest, le rivage est de sable ; vers l'est, il passe aux galets, ponctué çà et là de tamaris, et c'est là que le lit du torrent sorti des gorges de Ha rejoint la mer après les pluies d'hiver. La situation a toutefois son revers : Pachia Ammos est le point le plus méridional du golfe de Mirabello et, par vent du nord, les vagues y charrient tout ce qui a pu tomber à l'eau où que ce soit dans l'Égée. Ces épaves flottantes sont depuis longtemps un tracas permanent pour les autorités locales, qui doivent faire nettoyer la plage encore et encore. On s'y baigne bien malgré tout, dans la partie ouest, en contrebas de l'église paroissiale Saint-Nicolas. Là, la jetée du petit port de pêche arrête la houle ; la plage est équipée de parasols et de chaises longues, et l'eau y est très propre. Les jours de vent, quand le ressac déferle dans la partie ouverte du golfe, c'est le seul endroit vraiment calme. Au large, face à la plage, se trouve l'îlot de Konida, que l'on peut gagner en barque.

L'église de la grande martyre sainte Photine

L'église de la sainte grande martyre Photine la Samaritaine, égale aux apôtres (Agía Fotiní i Samarítis), est un édifice de notre temps. Elle s'élève à côté de la colline de Chalepa, sur laquelle subsistent quelques restes d'une vieille tour et d'un emplacement de canon : le fort de Pachia Ammos, que le commandant ottoman Hüseyin Avni Pacha fit bâtir en 1868 afin de couper les communications entre les insurgés crétois et de surveiller la côte.

Les travaux de cette église en croix inscrite furent entrepris en 1965 par Emmanouil Tsikalakis, un survivant de la campagne grecque d'Asie Mineure. Ils furent poursuivis par ses héritiers, Georgios Peronikolis et un Emmanouil Tsikalakis plus jeune. Pour le fondateur, l'église était l'accomplissement d'un vœu. Lorsque Smyrne tomba, en 1922, il avait trouvé refuge contre les troupes turques dans la célèbre église Sainte-Photine, renommée pour sa beauté, cathédrale de la communauté grecque de la ville – et il attribuait son salut à la sainte. En reconnaissance, une maison de Dieu portant le même nom devait s'élever dans sa patrie crétoise.

Près d'un demi-siècle s'écoula avant qu'elle ne fût achevée. D'après la métropole de Hiérapytna et de Sitia, les héritiers cédèrent le terrain à la paroisse en 2004 ; en 2008, l'église était terminée et, le 27 septembre de cette année-là, le métropolite Evgenios procéda à l'ouverture solennelle des portes. Les icônes furent peintes par Nikolaos Kritikos ; l'iconostase sculptée est l'œuvre du menuisier local Markos Kounelakis et le don d'Emmanouil Lambrakis. La fête se célèbre le 26 février, jour de la sainte dans le calendrier grec, et le dimanche de la Samaritaine, cinquième dimanche du temps pascal – le quatrième après le jour de Pâques lui-même ; la paroisse y ajoute, le 20 août, une fête des pêcheurs de Pachia Ammos.