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Kavousi (Καβούσι) se trouve à 26 kilomètres à l'est d'Agios Nikolaos et à 19 kilomètres au nord-est d'Ierapetra, à 140 mètres d'altitude environ, au pied de deux montagnes redoutables, face à la mer de Crète et à une plaine couverte d'oliviers. Platanes, oliviers et sources alimentant de petits cours d'eau donnent au village une verdure peu commune dans l'est aride de l'île ; le ruisseau qui parcourt la vallée recueille les eaux des monts Thrypti et Kliros. D'ici partent les sentiers qui mènent aux anciens habitats des hauteurs, à l'oliveraie et aux gorges de l'est du Lassithi. Le village apparaît pour la première fois dans les documents en 1577 ; il comptait 955 habitants en 1881, 559 seulement en 2011, et le recensement de 2021 en dénombrait 539. Le nom s'explique, en dialecte crétois, par un mot désignant un petit creux où l'eau s'amasse, ou simplement une source – l'étymologie n'est pas assurée, bien qu'un quartier du village, Ligaras, tire lui-même son nom des gattiliers qui poussaient autour d'une telle source.
Au milieu du village, à deux pas de la place principale, s'élève l'église Saint-Georges, édifice à nef unique orné de plusieurs couches de peintures murales des XIVe et XVe siècles. Parmi les sujets conservés figurent saint Georges à cheval, le Jugement dernier, sainte Marie l'Égyptienne et la Vierge allaitant l'Enfant (Galaktotrophousa). Les murs portent aussi un grand nombre d'inscriptions gravées par des visiteurs et des donateurs, dont la plus ancienne connue est datée de 1443. Jusqu'en 1935, l'enclos de l'église servit de cimetière au village. La fête de saint Georges se célèbre le 23 avril, puis de nouveau le 3 novembre, jour qui commémore la translation de ses reliques.
À une centaine de mètres au sud, dans le quartier de Ligaras, où l'on ne parvient qu'à pied par les ruelles étroites, se trouve l'église des Douze-Apôtres, autre édifice à nef unique voûté en berceau, précédé d'une vaste cour d'où le regard descend la vallée jusqu'à la mer ; tout près subsistent les restes d'un mur byzantin qui défendait jadis l'agglomération. Elle conserve elle aussi deux couches de peinture, des XIVe et XVe siècles, avec notamment des scènes du cycle évangélique – treize épisodes de la vie du Christ –, la Nativité et les Trois Jeunes Gens dans la fournaise sur le mur sud du sanctuaire, ainsi qu'un grand Jugement dernier où les pécheurs sont représentés en enfer. Le nettoyage effectué par les restaurateurs a laissé les peintures dans un état remarquablement bon. L'iconostase de bois sculpté est plus tardive et montre que l'église continua d'être utilisée et réaménagée bien après l'achèvement du décor médiéval. Plus loin, on trouve la chapelle peinte de Saint-Antoine, près de la plage de Tholos, et la ruine d'une église paléobyzantine de Saint-Jean, dans une grotte à l'ouest du village.
Tout près de Kavousi se trouvent le site fouillé d'Azoria et le fameux olivier « minoen ». L'arbre se dresse à un kilomètre environ au sud du village, au bord de la route du hameau d'Avgo, à quelque 250 mètres d'altitude, à côté des vestiges de l'habitat antique et au milieu de ce que l'on appelle le « Bois minoen de la Paix », parmi d'autres arbres vénérables. Il a été déclaré monument naturel par l'Association des communes oléicoles de Crète, tant pour la taille de son tronc que parce qu'il pousse en vue de trois habitats antiques ; le tronc est issu d'une souche immensément vieille, et son âge est estimé d'après des indices archéologiques et botaniques. L'analyse des cernes annuels a indiqué une plantation entre 1350 et 1100 av. J.-C. À 80 centimètres de hauteur, le tronc mesure 4,90 mètres de diamètre et 14,20 mètres de tour et, au ras du sol, plus de 22 mètres. Du point de vue botanique, il s'agit d'une variété cultivée – Olea europaea var. mastoeidis, connue dans le pays sous le nom de mouratoelia – greffée sur un olivier sauvage, ce qui en fait, de l'avis des oléiculteurs crétois, le plus ancien exemple de greffe connu au monde. Aux Jeux olympiques d'Athènes, en 2004, la gagnante du marathon féminin fut couronnée de rameaux de cet arbre ; ils avaient été coupés solennellement sur la proposition des villageois et de la commune d'Ierapetra, à laquelle l'arbre appartient.
Azoria, Kastro et Vrontas forment un seul et même paysage historique, où les traces des habitats minoens et postérieurs se lisent encore sur le terrain. Tous trois furent explorés dès 1900 par Harriet Boyd, qui travaillait pour l'École américaine d'études classiques d'Athènes. Vrontas, sur un éperon au sud du village, à 427 mètres, fut habité principalement entre 1200 et 1025 av. J.-C. : après une prospection en 1974 et la fondation du Kavousi Project en 1978 par Geraldine Gesell, Leslie Day et William Coulson, l'École américaine y dégagea, entre 1987 et 1992, une grande maison au sommet, qui semble avoir été la résidence du chef de la communauté, un sanctuaire isolé avec des figures d'argile de la déesse aux bras levés, au moins cinq ensembles d'habitations – une vingtaine de maisons en tout –, un four de potier et des dizaines de tombes, parmi lesquelles onze petites tholoi à encorbellement et une trentaine d'enclos parementés de pierres abritant les incinérations des VIIIe et VIIe siècles av. J.-C. Kastro se dresse plus haut encore, sur un piton rocheux à 713 mètres – lieu de refuge dans les siècles troublés qui suivirent la fin des palais, occupé du début du XIIe au milieu du VIIe siècle av. J.-C. Azoria, enfin, sur une colline à double sommet haute de quelque 365 mètres, juste au-dessus de l'olivier et à trois kilomètres de la mer, devint aux VIIe et VIe siècles av. J.-C. une petite ville d'une quinzaine d'hectares peut-être, avec des édifices publics, des salles à manger, des magasins et un sanctuaire : un bâtiment de repas communautaires pourvu de ses propres cuisines et réserves, et une salle civique monumentale d'environ 200 mètres carrés, aux murs longés de bancs en gradins. Depuis 2002, elle fait l'objet de nouvelles recherches menées par une équipe de l'université de Caroline du Nord à Chapel Hill. Au début du Ve siècle av. J.-C., elle fut entièrement détruite par le feu ; vers 200 av. J.-C., une unique tour de guet fut bâtie sur la hauteur. Les trouvailles des trois sites sont réparties entre les musées d'Agios Nikolaos et d'Ierapetra et le centre d'étude américain de Pachia Ammos.
Partout l'on rencontre de vieux chemins, des terrasses et des constructions de pierre – à Vrontas, même une ferme vénitienne avec ses aires de battage –, et non loin passent les itinéraires qui mènent à Mochlos, aux gorges de Richtis et à la côte. Le canton comprend aussi le site ancien de fonte du cuivre de Chrysokamino et la grotte à stalactites de Theriospilio. Kavousi est donc plus qu'un village verdoyant : c'est une base d'où l'on peut découvrir à la fois l'archéologie et la nature de la Crète orientale.
Les monuments de Kavousi demandent des égards : il ne faut pas toucher aux fresques, et l'on ne visitera le vieil olivier et les vestiges archéologiques que par les sentiers balisés. C'est ainsi que l'on préserve les églises, où l'on célèbre toujours des offices, en même temps que les fragiles témoins de l'histoire minoenne.