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Le site de fouilles se trouve à côté du village de Vasiliki (Βασιλική), sur une colline basse appelée Kastelli ou, pour les gens du pays, Kefali, « la tête ». Il est à deux kilomètres et demi environ de Pachia Ammos et à onze d'Ierapetra, à quelque deux kilomètres du golfe de Mirabello, dans les terres. L'exploration commença dans les premières années du XXe siècle avec la mission américaine dirigée par Harriet Boyd, qui dégageait au même moment la ville voisine de Gournia ; le véritable travail sur la colline fut accompli par son collègue Richard Seager, dont les campagnes, commencées en 1903, s'achevèrent en 1906. Ce qui vint au jour était un habitat du Minoen ancien II, appartenant aux années comprises entre 2600 et 2300 av. J.-C. environ. Vasiliki est ainsi l'un des premiers lieux minoens où l'on puisse reconnaître une disposition réfléchie des ruelles, des maisons, des cours et des pièces de travail.
La situation explique cette prospérité précoce. La colline se dresse à l'extrémité nord de l'isthme d'Ierapetra, la partie la plus étroite de l'île, que traverse la route la plus courte de la côte nord à la côte sud, entre les montagnes de la Crète centrale et celles de la Crète orientale ; et la vallée fertile qui s'étend à son pied fournissait le grain, l'huile et les pâturages. Au sommet s'élevait un grand bâtiment principal, pourvu de magasins et d'ateliers, la « Maison sur la colline », longtemps tenue pour un précurseur des palais ultérieurs. Vers 2300 av. J.-C., cet édifice fut détruit par le feu ; mais la colline fut de nouveau habitée – rien n'indique qu'elle ait jamais été désertée ou occupée par de nouveaux venus –, et des phases de construction plus tardives, du Minoen moyen et du Minoen récent, recouvrent les murs anciens.
Ce que les fouilleurs ont trouvé témoigne d'un remarquable savoir-faire de bâtisseurs. Des pièces rectangulaires sont reliées par de longs couloirs, et l'aile sud formait la plus grande partie de l'ensemble. Le rez-de-chaussée était fait de petits moellons liés par un mortier d'argile mêlé de paille hachée, l'étage de brique crue ; dans les murs étaient noyées des poutres de bois disposées parallèlement au fil de la maçonnerie – chose inhabituelle à une date aussi haute –, qui assuraient la cohésion de la structure lors des secousses du sol. Les murs intérieurs étaient revêtus d'un enduit de chaux dur, coloré en rouge, appliqué par étapes : d'abord un mélange grossier d'argile, de chaux, de paille et de cailloux, puis une couche fine qui recevait la peinture ; il adhère encore par endroits aujourd'hui – lointain parent des surfaces enduites sur lesquelles furent peintes plus tard les fresques minoennes. Le bâtiment possédait une cour dallée, flanquée d'un puits de lumière ou d'un canal taillé dans le rocher.
Après une brève campagne de Nikolaos Platon en 1953, Antonis Zois reprit l'étude systématique de la colline à partir de 1970, pour le compte de la Société archéologique d'Athènes ; il y travailla jusqu'en 1982 et y revint en 1990. Ses fouilles montrèrent que ce que Seager avait pris pour un édifice unique se compose de plusieurs maisons qui se sont succédé dans le temps, connues des spécialistes sous les noms de « Maison rouge » et de « Maison ouest » – demeures cossues d'une communauté villageoise prospère, et non palais en miniature. La Maison rouge, ainsi nommée d'après son enduit, vint la première et se composait probablement elle-même de deux maisons contiguës ; la Maison ouest lui fut adossée comme une annexe, utilisée pour le stockage et pour le tissage, à en juger par les nombreux pesons de métier que l'on y a recueillis.
Les trouvailles de la colline ont donné leur nom à une catégorie particulière de céramique minoenne. Les vases portent un engobe lustré, du brun-rouge au noir, semé de taches et d'anneaux qui évoquent une pierre veinée ou l'écorce d'un arbre. L'effet n'était pas obtenu par une peinture ordinaire, mais par une cuisson contrôlée : le potier laissait l'air atteindre davantage certaines parties de la surface et moins d'autres, de sorte que l'engobe s'oxydait inégalement. Il en résulta la « céramique de Vasiliki » – l'un des premiers témoignages d'expérimentation technique et artistique dans la poterie égéenne, et le premier style minoen véritablement caractéristique. Les formes typiques sont les cruches à bec, au déversoir très saillant, les vases dits théières, au long bec étroit, et les coupes hémisphériques, à côté de plats, de bols à bec et de gobelets. Cette céramique ne fut pas fabriquée à Vasiliki seulement ; elle apparaît dans l'est de la Crète au début de la période, puis devient la céramique fine dominante dans tout l'est et le sud de l'île. Outre la poterie, on a trouvé des moules pour outils et armes de bronze. Les plus belles pièces sont exposées au Musée archéologique d'Héraklion, d'autres à Agios Nikolaos.
L'habitat ne disparut pas après le Minoen ancien. Les archéologues distinguent des phases de construction du Minoen moyen (vers 2100-1700 av. J.-C.), dans la première partie duquel le village atteignit sa plus grande extension et auquel appartient la « Maison A », située à un carrefour de ruelles et dotée de murs intérieurs en brique crue ; du Minoen récent I (1600-1450 av. J.-C.), époque où l'on continua de bâtir à l'angle nord-est ; et même du Minoen récent III C (1200-1100 av. J.-C.). On relève aussi des traces isolées d'une présence romaine. Le feu détruisit le village plus d'une fois – au Minoen ancien II, puis de nouveau à la fin du Minoen moyen –, et chaque fois il fut reconstruit. Sur la colline voisine de Kefala, on a découvert un sanctuaire de l'époque tardive, d'où proviennent des déesses d'argile aux mains levées, dont l'une trône. Vasiliki n'est donc pas un simple et bref épisode de l'âge le plus reculé, mais un lieu où l'on peut suivre l'évolution d'un habitat sur de nombreux siècles.
Aujourd'hui, la zone fouillée jouxte le village moderne ; une route asphaltée monte jusqu'à la clôture, et le chemin du site est indiqué à quelques centaines de mètres sur l'embranchement de Vasiliki, depuis la grande route qui relie le golfe de Mirabello à Ierapetra. Le regard porte, par-delà les oliveraies de l'isthme, jusqu'à l'entaille des gorges de Ha. Le site est clôturé et n'est pas ouvert en permanence ; le mieux est d'organiser la visite par l'intermédiaire des gardiens du site de Gournia, et certains secteurs ne sont accessibles qu'en compagnie de spécialistes. La prudence s'impose : les murs dégagés, les sols d'argile et les tessons qui affleurent sont fragiles – on restera sur les sentiers et l'on ne ramassera rien.