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Exo Lakonia : hameaux de familles et église à fresques derrière Agios Nikolaos

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Exo Lakonia : hameaux de familles et église à fresques derrière Agios Nikolaos

Que l’on quitte Agios Nikolaos par la route de l’ouest, et l’on est à Exo Lakonia en dix minutes à peine, avec pourtant le sentiment d’être allé bien plus loin. La promenade du front de mer, les hôtels et le port s’effacent derrière soi, et la route se glisse dans une ceinture verte où pins et eucalyptus jettent leur ombre sur l’asphalte, où les oliveraies alternent avec les jardins et où de petits groupes de fermes s’éparpillent sans ordre sur le terrain. Les montagnes du Lassithi se montrent au détour de chaque virage ; entre les maisons, on aperçoit des carrés de légumes, des murs de moellons et de vieilles églises. Huit kilomètres environ séparent la cuvette de la ville, et Néapoli comme Kritsa ne sont chacune qu’à un quart d’heure de voiture. Elle se déploie en une petite plaine ceinte de collines, entre les hautes terres du Lassithi et la côte d’Agios Nikolaos, et c’est en s’arrêtant sur son rebord pour la regarder d’en haut que l’on en saisit le mieux la forme.

Le nom d’Exo Lakonia (Έξω Λακώνια) signifie « Lakonia extérieure ». Il ne désigne pas un village compact et unique, mais un groupe de petites localités qui, du point de vue administratif comme du point de vue historique, forment un seul terroir rural. Six hameaux en font partie : Panagia, le principal, ainsi que Fioretzides, Karterides, Marnelides, Vlachides et Peponides. Son pendant est Mesa Lakonia, la « Lakonia intérieure », et les deux réunies composent l’ensemble de petits villages que l’on appelle simplement, à Agios Nikolaos, Lakonia. La distinction est une clef utile pour comprendre la géographie locale : ce sont des communautés voisines, liées entre elles par des chemins et des sentiers, par des patronymes apparentés et par une vie religieuse et économique partagée. Au recensement de 1881, Lakonia était encore comptée dans la municipalité de Kritsa et avait 119 habitants ; en 1946, elle se sépara de Kritsa pour devenir une commune à part entière, et elle appartient aujourd’hui à la municipalité d’Agios Nikolaos. En 2001, un peu moins de 300 personnes vivaient dans les six hameaux réunis – 144 d’entre elles à Panagia seulement et 82 à Marnelides, tandis que Peponides était tombé à quatre résidents. Le recensement de 2021 a enregistré 254 habitants pour l’ensemble de la commune.

Des villages qui portent des noms de familles

La plupart des localités d’Exo Lakonia portent des noms de familles : cinq des six hameaux tiennent leur nom d’un clan – seul Panagia, ainsi nommé d’après la Vierge, fait exception – et la majorité de ces noms remontent à l’époque byzantine ou vénitienne. Fioretzides, Marnelides et Karterides sont des formes de pluriel – « la famille Fioretzis », « la famille Marnelis » – de celles qui, dans toute la Crète, firent d’une ferme isolée un village. Cela ne veut pas dire que chaque maison d’aujourd’hui appartienne à la même famille depuis des siècles. Ces noms gardent plutôt la mémoire de lignées qui possédèrent ici des terres, fondèrent de petits quartiers ou marquèrent durablement la vie du terroir.

Une telle organisation est caractéristique de la Crète. Un village pouvait se composer de plusieurs groupes de maisons contigus, que les gens du lieu distinguaient par un patronyme, un sobriquet, un métier ou une situation. La carte officielle peut bien les réunir sous une rubrique unique : dans la conversation, les noms locaux, plus précis, continuent de vivre. Que la contrée ait été habitée bien avant l’arrivée de ces familles, les vestiges d’un habitat minoen reconnu près de Fioretzides le montrent.

Un paysage entre ville et montagnes

Exo Lakonia se trouve dans une zone de transition. D’un côté, le terroir est lié à Agios Nikolaos et à la côte nord ; de l’autre, les routes s’élèvent vers les hautes terres crétoises et les villages de l’intérieur. Une source alimentée par les montagnes du Lassithi jaillit ici, l’une des raisons pour lesquelles la cuvette est tellement plus verte que les pentes qui l’entourent. Le climat doux du littoral et le monde paysan de la montagne s’y font sentir tous deux à la fois.

Pins et eucalyptus en bordure de route donnent l’impression d’un secteur boisé, bien que le paysage ne soit pas une forêt sauvage au sens strict. Tout à côté s’étendent des parcelles cultivées, des oliviers, des vignes et de petits vergers. Le contraste entre cette verdure et les versants secs et pierreux frappe surtout en été, quand l’ombre des arbres devient un élément à part entière de la promenade ou du trajet quotidiens.

C’est un paysage qui demande à être regardé lentement. De la voiture, on n’en attrape que des fragments – un virage, un mur, un clocher-mur, une trouée entre les arbres. Que l’on s’arrête, et l’on commence à voir comment les hameaux s’ajustent au relief : les maisons ne forment pas une masse dense, à la manière d’une ville, mais s’égrènent le long des pentes et des chemins, chaque groupe entouré de ses propres jardins.

L’Archange Michel – le monument majeur du terroir

Au cœur de Lakonia, un peu à l’écart des maisons et desservie par une route asphaltée, se dresse l’église de l’Archange-Michel (Ναός Μιχαήλ Αρχαγγέλου), l’un des monuments byzantins les plus importants de cette campagne. De l’extérieur, elle est sans prétention : un petit édifice à nef unique, voûté en berceau, du type propre aux églises de village de la Crète orientale. Elle ne donne pas l’impression d’une pièce de musée mise à part, car elle fait corps avec le village, les chemins, les jours de fête et la mémoire des gens qui vivent ici. Aussi convient-il d’y voir non seulement une architecture, mais aussi le centre spirituel vivant d’une communauté rurale.

L’archange Michel occupe un rang particulier dans la tradition orthodoxe. Il est vénéré comme le chef des armées célestes et le protecteur des fidèles ; sa fête principale, la Synaxe des Archanges, tombe le 8 novembre, et c’est ce jour-là que l’église célèbre sa fête. En Crète, les églises qui lui sont dédiées se trouvent souvent là où la vie religieuse desservait plusieurs localités voisines. L’église devenait alors un point de repère commun à tout un terroir, plutôt que la simple église paroissiale d’un seul quartier.

Le véritable trésor artistique est le cycle de peintures murales de l’intérieur, daté des années 1431–1432 et compté parmi les ensembles de fresques du XVe siècle les mieux conservés de Crète. Le cycle évangélique se limite à cinq scènes ; à ses côtés, le programme comprend une suite consacrée au patron de l’église : le prophète Nathan réprimandant le roi David, les archanges annonçant à David le pardon de ses péchés, le Miracle de Chonai – l’intervention de l’archange à Colosses, en Asie Mineure – et l’Assemblée des Puissances incorporelles, avec Michel et Gabriel en son centre. Les plus émouvants de tous sont les portraits des fondateurs. Michel et Nikolaos Mochiotis apparaissent dans le costume du pays, le plus jeune, Nikolaos, l’arc et les flèches à la main ; Ioannis Mochiotis et son épouse présentent à l’archange une maquette de l’église. La valeur de ces peintures ne tient donc pas seulement aux figures de saints prises isolément, mais à tout le système du décor d’église médiéval : à la disposition des scènes, à la symbolique des couleurs, aux gestes des personnages et au rapport entre l’édifice et la liturgie – et, ce qui n’est pas le moins, au fait qu’une famille du XVe siècle nous y regarde encore en face.

La visite exige le respect du caractère religieux du lieu. L’église n’est ni un décor ni une galerie ouverte : on ne photographie à l’intérieur que dans la mesure où les règles locales le permettent et où l’autorisation en a été donnée.

Le calendrier de l’Église et la communauté villageoise

Longtemps, la vie des petites localités crétoises suivit le calendrier ecclésiastique. La fête d’un saint n’était pas seulement un office, mais aussi les retrouvailles des parents, des voisins et de tous ceux qui étaient partis pour la ville ou pour l’étranger. Ces jours-là, des gens qui vivaient d’ordinaire au loin revenaient au village – comme ils le font encore pour l’Archange, le 8 novembre, ou à la vieille église Saint-Georges, qui appartient elle aussi au terroir.

Ce ne sont pas seulement les grandes fêtes officielles qui comptent ici. Un petit enclos d’église, la cour de l’école ou la place devant le kafenion – Exo Lakonia a encore ses cafés traditionnels, et de surcroît un petit musée d’art populaire – peuvent tous devenir des lieux de mémoire partagée. On y parle de la récolte, des nouvelles, des événements de famille et de l’état des routes, et ce faisant on perpétue la tradition de la communauté villageoise sous une forme accordée au présent.

Le Klidonas : l’oracle de la veille de la Saint-Jean

À Exo Lakonia a été remise à l’honneur la coutume du *Klidonas* (Κλήδονας), rituel du solstice d’été lié à la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, le 24 juin. Selon la tradition grecque, la veille de la fête, les jeunes filles à marier allaient chercher l’« eau muette » – une eau rapportée du puits ou de la source sans qu’un mot fût prononcé – et la versaient dans une jarre de terre cuite. Chacune y laissait tomber un objet personnel, le *rizikari* : une pomme, une bague, une clef. La jarre était couverte d’une étoffe rouge, liée et laissée dehors toute la nuit sous les étoiles ; les jeunes filles, disait-on, rêveraient de leur futur époux. Le lendemain, on retirait les objets un à un tandis que l’on récitait sur chacun des vers improvisés – en Crète, des *mantinades* rimées – qui faisaient allusion au fiancé et au sort promis à sa propriétaire. À tout cela se joignaient, outre des chants repris par le village entier, le feu de joie allumé le soir du 23 juin, par-dessus lequel on sautait – trois fois, pour la santé – et sur lequel, en bien des endroits, on brûlait les couronnes du Premier Mai.

La célébration d’aujourd’hui n’est pas la continuation littérale de l’ancien rituel. Elle est organisée par l’Association culturelle d’Exo Lakonia, parfois avec le soutien de la Région de Crète et de l’organisme municipal de la culture et des sports d’Agios Nikolaos ; elle se tient un soir de la fin juin dans la cour de l’école primaire, avec un feu de joie, de la musique et un orchestre crétois. Le but est de donner aux enfants et aux jeunes une idée de la manière de vivre d’autrefois, du rôle de la religion et des fêtes de village. La distinction a son importance : une fête ressuscitée est une tradition et, en même temps, une forme contemporaine de mémoire culturelle.

Le raki, le rakadiko et l’hospitalité campagnarde

À Exo Lakonia, on rencontrera de petits établissements du genre *rakadiko*. Le nom dérive de *raki*, appelé aussi tsikoudia en Crète – une eau-de-vie forte distillée, une fois le vin fait, à partir du marc de raisin, et titrant de 40 à 65 degrés selon qui l’a fabriquée. Un rakadiko n’est pas un simple bar. On y vient pour les petits plats, pour la conversation et pour une forme de compagnie que rien ne presse.

La fabrication du raki appartient au cycle automnal du vin. Après les vendanges, le marc n’était pas jeté : on le laissait fermenter environ six semaines dans un tonneau hermétiquement clos, puis on le distillait, une seule fois, dans des alambics de cuivre, et la boisson obtenue entrait dans l’hospitalité campagnarde. En général, une ou deux personnes par village détiennent la licence de distillation. La distillation elle-même, qui s’étend d’ordinaire sur deux ou trois semaines à la fin d’octobre et au début de novembre, demeure aujourd’hui encore un moment de convivialité, où voisins et amis se rassemblent autour de l’alambic. Avec le raki viennent fromage, olives, légumes, viande et petites bouchées ; dans les tavernes, il arrive le plus souvent sans qu’on l’ait demandé, à la fin du repas, bien frais, avec des fruits ou une douceur.

Près d’Agios Nikolaos, mais non une banlieue

La proximité d’Agios Nikolaos a beaucoup changé Exo Lakonia. Nombre d’habitants se rendent en ville en voiture pour le travail, les études et les courses, et les voyageurs traversent les hameaux en gagnant l’intérieur. Le terroir ne saurait pour autant être tenu pour une simple banlieue-dortoir.

Une ordonnance singulière de l’espace s’y est maintenue : l’église, les vieux noms de familles, les chemins étroits, les parcelles cultivées et les lieux de rencontre. La ville assure le lien avec le monde extérieur, mais le cadre villageois garde la mémoire locale. Pour le voyageur, c’est l’occasion de voir comment la Crète du tourisme se fond dans la Crète de tous les jours – sans ligne nette entre l’une et l’autre.

Exo Lakonia se combine heureusement avec une excursion à Agios Nikolaos, à Lato et à Kritsa. Un tel itinéraire fait voir différentes strates de la Crète orientale : la ville portuaire moderne, l’antique cité-État dorienne – en contrebas de laquelle un relief de pierre marque l’endroit où les Crétois combattirent les forces ottomanes en janvier 1823 – et de petits villages où l’histoire survit non dans de grandes ruines, mais dans les noms de familles, les fêtes d’église, les recettes et les sentiers.

Comment regarder Exo Lakonia

Qu’on ne se contente pas d’une photographie de l’église ou d’une brève halte au bord de la route. Mieux vaut choisir un tronçon tranquille, marcher un moment et prêter attention aux maçonneries, aux arbres, aux vieilles maisons et au modelé des pentes. Si l’église est fermée – ce qui est souvent le cas des églises de village ; le mieux est de demander la clef au kafenion ou aux voisins –, le déplacement n’est pas perdu pour autant : l’édifice lui-même, sa place dans le village et son lien avec les chemins suffisent à montrer quel rôle le monument a joué dans la vie locale.

Dans les petites tables du lieu, il faut prendre son temps, car un rakadiko se révèle non comme un restaurant au service rapide, mais comme un endroit où l’on se retrouve.

Exo Lakonia n’entend pas rivaliser avec les grands sites de Crète. Sa valeur se mesure à une autre échelle. Il n’y a pas ici de monument unique qui expliquerait tout d’un seul coup. Le récit se compose pièce à pièce : une église byzantine aux portraits de ses fondateurs, des noms de familles, des terrasses d’oliviers, une coutume du solstice d’été, la distillation du marc et la route qui relie le village à la ville. Ce sont des lieux comme celui-ci qui laissent apparaître la Crète non seulement comme une île de palais et de forteresses, mais comme un tissu vivant de petites communautés.