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Xerokampos : criques, lagune et antique Ambélos

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Xerokampos : criques, montagnes et antique Ambélos

Xerokampos (Ξερόκαμπος) se trouve à l’extrémité sud-est de la Crète, là où les montagnes arides du Lassithi tombent dans la mer de Libye. Le lieu est à environ 48 kilomètres de Sitia, à 28 de Palekastro et à 175 bons kilomètres d’Héraklion. La route y descend par Ziros et à travers des ravins de montagne ou bien, depuis qu’elle a été asphaltée, en une longue suite de lacets depuis Zakros, distant d’une dizaine de kilomètres ; les autocars ne vont pas plus loin que Zakros ou Ziros, si bien que cette côte est longtemps restée l’un des coins les plus tranquilles de l’île. L’endroit est mentionné dans le recensement vénitien de 1583. Xerokampos est aujourd’hui un petit habitat dispersé en bord de mer et une enfilade de criques où voisinent plages de sable, oliveraies, lagune salée et colline archéologique.

Il n’y a pas ici de « plage principale » unique. Sur quelque six kilomètres se succèdent sable blanc et doré, galets, rivage rocheux et petites criques peu profondes aux eaux limpides. Les gens du pays les distinguent par leur nom : Ambélos, en contrebas du hameau ; Mazida Ammos, au sable fin et clair ; Katsounaki, la plus septentrionale, avec ses dunes ; Vourlia, où les blancs lis de mer fleurissent à la fin de l’été ; et Argilos, celle du milieu parmi trois petites baies au pied de la colline archéologique, où l’argile naturelle affleure sous une falaise pâle et dont les baigneurs se servent pour de doux enveloppements de boue. La couleur de la mer passe, selon la profondeur et la lumière, du turquoise au bleu profond. L’eau est peu profonde et d’ordinaire calme, propice à la plongée avec masque et tuba, bien que les vents forts soient fréquents en été, et le peu d’ombre naturelle vient des rochers et de quelques arbres.

Alatsolimni et le rivage intact

Juste en arrière des plages, à l’extrémité nord du hameau, s’étend Alatsolimni, le « lac salé » – une lagune naturelle peu profonde, alimentée par la mer. Elle est affaire de saison : dès la fin de mai environ, elle s’assèche en partie et laisse à sa place une croûte blanchâtre de sel. Les zones humides et les hauts-fonds servent de halte aux oiseaux migrateurs en route entre l’Europe et l’Afrique. La côte n’a donc pas d’intérêt pour la seule baignade : elle en a aussi comme petit milieu humide.

Les montagnes qui entourent Xerokampos sont entaillées de gorges et ne portent presque aucune végétation haute. Les palmiers, les tamaris, les pins, les amandiers et les figuiers de la vallée ne s’en détachent que plus vivement. Ce contraste – l’austère versant calcaire et le ruban vert au bord de l’eau – compose le paysage caractéristique du sud-est crétois.

La colline archéologique de Farmakokefalo

Sur la colline basse de Farmakokefalo, tout près du rivage, au-dessus de la crique de Gerontolakkos et au pied du cap Trachilas, les archéologues ont étudié un habitat fortifié d’époque hellénistique ; les fouilles sont dirigées depuis 1984 par Nikos Papadakis. On le met d’ordinaire en rapport avec l’antique Ambélos, ville mentionnée par les sources écrites, qui contrôlait probablement le port local. Le lieu fut fondé au Ve siècle av. J.-C. et connut son apogée aux IIIe et IIe siècles. Les fouilles ont mis au jour des maisons bien conservées, des ruelles tracées selon un plan et des citernes, ainsi que de la belle céramique, des figurines, des monnaies et des outils de pierre – trouvailles qui témoignent de liens commerciaux avec d’autres cités de Crète et avec les îles du Dodécanèse. Des restes de cuivre, de plomb et de fer donnent à penser que le métal était fondu sur place. La ville ne fut pas le premier établissement de ce rivage : la contrée connut une occupation minoenne, un sanctuaire de sommet, pillé depuis, se trouvait sur la hauteur de Trachilas, et un second site hellénistique est connu sur la colline voisine d’Antisternia. On gagne la colline par une piste de terre.

Pour protéger l’habitat, ses bâtisseurs tirèrent parti de la hauteur naturelle et la ceignirent de murs massifs. Les balles de fronde en plomb que l’on y a trouvées indiquent la présence d’une garnison gardant l’accès au rivage. Tout près, à Psili Ammos, se trouvait une carrière antique où l’on taillait la pierre à bâtir ; la ville se fournissait ainsi en matériaux sur place. Au sommet, au milieu de la ville antique, se dresse la petite chapelle Saint-Nicolas, bâtie en 1895 et longtemps repère de la baie ; le séisme du 12 octobre 2021 l’a gravement endommagée.

Les îlots Kavalli et les routes maritimes

Au large de la côte, on aperçoit les petits îlots rocheux de Kavalli. Des traces d’une présence antique y ont été relevées, là aussi. Leur situation explique l’intérêt porté à Xerokampos : la côte se trouve sur la route maritime qui contourne la pointe sud-est de la Crète, entre les ports de l’île et les routes de Rhodes et de Kalymnos, avec lesquelles la ville entretenait des relations particulièrement étroites. Aujourd’hui, les îlots comptent surtout comme reposoir pour les oiseaux marins et comme élément d’un paysage de mer ouverte.

Xerokampos aujourd’hui

Xerokampos est resté un lieu de vacances paisibles, sans promenade de front de mer ni grands complexes hôteliers. On y trouve des chambres à louer, quelques tavernes et de petits commerces pour l’essentiel ; il faut apporter son carburant et ses médicaments, car la station-service et la pharmacie sont loin, et comme aucun autocar ne descend jusqu’au rivage, la voiture est à peu près indispensable. On vient pour l’eau limpide, les promenades de crique en crique, la lagune et la colline archéologique. Le mieux est de prévoir une journée entière : la plage n’est ici que le début d’un chemin au-delà duquel se découvrent l’antique Ambélos, des gorges sèches et un paysage rare en Crète, où la mer confine à un terrain salé et à des montagnes aux allures de désert.