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Kokkini Chani et le mégaron minoen de Nirou

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Les plages et la station aujourd’hui

Kokkini Chani (Κοκκίνη Χάνι) se trouve à environ 14 kilomètres à l’est d’Héraklion et à une dizaine de minutes de voiture seulement de l’aéroport. Des plages de sable doré y alternent avec de petites criques abritées, entrecoupées de tavernes et d’hôtels ; la plage principale mesure quelque 400 mètres de long et jusqu’à 50 mètres de large, et, bien que la plupart des autres s’étendent devant des hôtels, elles restent ouvertes à tous. La côte se prête à la baignade et à un séjour tranquille – les soirées y sont nettement plus calmes qu’à Hersonissos ou à Malia – et, par endroits, de courtes jetées artificielles brisent la houle, laissant derrière elles une eau turquoise et peu profonde. Le village compte un bon millier et demi de résidents permanents, qui vivent du tourisme et de la culture des légumes sous serre ; au centre s’élève l’église des Agii Anargyri, les saints médecins Côme et Damien, construite en 1940. Boutiques, boulangeries et une pharmacie s’égrènent le long de l’ancienne route principale sur près de trois kilomètres, et les bus qui relient Héraklion à l’est s’y arrêtent fréquemment. Le site archéologique de Nirou jouxte cette route, à quelques pas de la plage.

De l’auberge de bord de route à la station balnéaire

Le nom remonte à un chani, une auberge, qui appartenait à Dimitrios Kokkinis, neveu du chef de partisans crétois Emmanouil Kokkinis. Au XIXe siècle et au début du XXe, de tels relais offraient aux voyageurs et à leurs bêtes de somme un gîte pour la nuit, du fourrage et un repas – ici, à ceux qui faisaient route vers le Lassithi et Sitia, comme aux paysans qui portaient leurs produits au marché d’Héraklion. L’auberge avait déjà fermé au début du XXe siècle, mais son nom est resté : Kokkini Chani, le chani de Kokkinis. Le lieu-dit lui-même était connu de longue date sous le nom d’Armylidès. La station actuelle est venue bien plus tard : l’électricité et le téléphone atteignirent le secteur au début des années 1960, et les premiers hôtels furent bâtis à peu près au même moment.

Le mégaron de Nirou – une maison minoenne en bord de mer

À la lisière orientale du village se trouve le mégaron de Nirou, appelé aussi Nirou Chani, un ensemble minoen à deux niveaux qui couvre environ 1 000 mètres carrés. Il appartient au Minoen récent, soit en gros aux XVIe et XVe siècles av. J.-C., et se trouve ainsi contemporain des Nouveaux Palais de Cnossos et de Phaistos ; le seul rez-de-chaussée comprenait une quarantaine de pièces, avec plusieurs couloirs, deux cours dallées à l’est et au nord, un puits de lumière, une aile cultuelle et des magasins. La maison s’élevait tout près de la mer et servait probablement une communauté où le port et le culte allaient de pair et qui était liée aux routes maritimes. Son mouillage se situait un peu plus loin sur la côte, à Agii Théodori, à l’extrémité orientale de la plage de Vathianos Kambos : là, des restes de murs ont sombré sous l’eau – le rivage de l’âge du bronze se trouve aujourd’hui à deux mètres de fond environ –, et un bassin rectangulaire taillé dans le roc, long de quelque 48 mètres, large de 12 et profond de 1,80 mètre, fut interprété par Spyridon Marinatos, qui explora la baie en 1926–1927, comme un chantier naval minoen. Vers le milieu du XVe siècle av. J.-C., la maison périt dans un incendie et ne fut jamais réoccupée.

Archéologie et plan de l’édifice

L’étude du monument commença au début du XXe siècle. La fouille de 1918 et 1919 est attachée au nom de l’archéologue crétois Stéfanos Xanthoudidis, qui publia ses résultats en 1922 ; Spyridon Marinatos poursuivit plus tard les recherches. Les murs étaient raidis par une armature de bois, enduits d’une épaisse couche de chaux et parementés de pierre de taille sur les façades d’apparat. Les cours sont pavées de grandes dalles, et les solutions techniques – adduction d’eau, éclairage des pièces intérieures par le puits de lumière, évacuation maîtrisée des eaux – témoignent du haut niveau de la construction minoenne. La pièce principale s’ouvrait par des colonnes et une rangée de portes sur la cour orientale, selon la disposition que les archéologues appellent salle minoenne ; à côté, une pièce plus petite était garnie de banquettes plaquées de gypse. Au nord se trouvaient les magasins, avec leurs grandes jarres de terre cuite pour l’huile et le vin et leurs silos maçonnés pour le grain, tandis que le mobilier cultuel était conservé dans la partie sud de la maison.

Kokkini Chani et le mégaron minoen de Nirou

Mobilier cultuel et fresques

À l’entrée, posées sur un muret, on trouva les « cornes sacrées » – κέρατα καθοσιώσεως, les cornes de consécration, l’un des symboles les plus connus de la religion minoenne. À l’intérieur de la maison apparurent de grands vases, des pithoi, des tables d’offrandes, des doubles haches de bronze et d’autres ustensiles rituels. Les plus célèbres sont quatre doubles haches démesurées, en mince feuille de bronze, découvertes ensemble dans une même pièce et impropres à tout usage pratique, ainsi que des dizaines d’autels tripodes en argile peinte, que l’on retrouva empilés les uns sur les autres dans trois pièces contiguës, avec des lampes et des vases de pierre. Sous un petit sanctuaire reposaient des coupes votives contenant de la pierre ponce issue de l’éruption de Théra. Dans la partie nord subsistaient des fragments de peinture murale, parmi lesquels l’image d’un nœud sacré, qui provenait de l’un des couloirs. Arthur Evans vit donc dans l’édifice la « Maison du Grand Prêtre » ; d’autres savants y reconnaissent un dépôt d’où l’on expédiait le mobilier cultuel, ou un atelier où on le fabriquait. Les trouvailles et le matériel associé se trouvent au Musée archéologique d’Héraklion.

Kokkini Chani dans l’histoire de la guerre en Crète

Au XXe siècle, Kokkini Chani est passé en peu de temps d’une bande de côte rurale à une station densément bâtie. Le secteur est également lié aux combats pour la colline de Kopsas, au-dessus du village voisin de Gournès, lors de l’invasion aéroportée allemande de la Crète, en mai 1941, quand des parachutistes furent largués à l’est d’Héraklion et que l’on se disputa les hauteurs dominant la route côtière. Le 21 mai, deux de leurs compagnies atteignirent le sommet et refoulèrent les quatre-vingts soldats grecs qui le défendaient, jusqu’à ce que leur chef, le lieutenant Théodoros Kallinos, s’avançât à découvert en tirant et que ses hommes le suivissent dans une contre-attaque qui reprit la colline. Une croix blanche et une plaque de marbre, posées en 1960 par la chapelle de la base aérienne américaine alors installée à Gournès, marquent l’endroit. L’épisode rappelle que la plaine côtière – voie d’accès à la ville et à son aérodrome – avait une importance militaire bien avant que les premiers hôtels s’y élèvent.

Associer la plage et l’archéologie

Kokkini Chani se visite au mieux à deux allures : le matin, tant que la lumière rase encore les murs, on fait le tour du mégaron de Nirou et l’on se représente le paysage portuaire minoen ; le reste de la journée est laissé à la plage. Le site de fouilles est petit ; en règle générale, il n’ouvre que le matin et ferme un jour de la semaine. Qui veut en voir davantage peut rouler quelques kilomètres vers l’ouest jusqu’à l’antique Amnisos, marcher ou nager au-dessus du chantier naval taillé dans le roc d’Agii Théodori, à deux kilomètres environ, ou aller chercher au musée d’Héraklion les doubles haches et les autels tripodes de Nirou. Vue sous cet angle, la station n’est pas seulement un lieu de détente, mais un pays riche d’une histoire de plusieurs millénaires.