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Monastère d’Agarathos (Panagia Agarathos)

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Le monastère de la Panagia Agarathos

À mi-chemin entre Héraklion et Kastelli, à 538 mètres au-dessus de la mer, se trouve l’un des monastères les plus anciens et les plus respectés de Crète. Les bâtiments s’accrochent au versant du Soros Pantélis, tout près du village de Sgouroképhali, et le regard y porte loin, par-dessus vignes et oliviers, jusque dans la Pédiada ; cyprès, palmiers et parterres de fleurs donnent à l’avant-cour un air de jardin. Le monastère est dédié à la Dormition de la Vierge et relève de la communauté de Sambas, dans la commune de Minoa Pédiada, à quelque 23 kilomètres d’Héraklion. Son église principale compte deux nefs, l’une pour la Dormition de la Vierge, l’autre pour le grand martyr saint Minas. L’édifice actuel fut consacré en 1894 à l’emplacement d’une église bien plus ancienne, et il est classé monument depuis 1935.

L’icône sous le buisson

On fait remonter le nom d’Agarathos à l’agarathia, ainsi que le dialecte crétois appelle la sauge de Jérusalem (Phlomis fruticosa), cet arbrisseau à fleurs jaunes qui croît sur les coteaux de l’île : selon la tradition du monastère, l’icône de la Vierge fut trouvée sous un tel buisson. La légende explique la dédicace, mais ne fournit aucune date de fondation – celle-ci ne peut être établie, et les moines eux-mêmes disent seulement que le monastère compte parmi les plus anciens de l’île ; on pense généralement qu’il remonte à la seconde période byzantine, entre 961 et le début du XIIIe siècle, et qu’il appartint d’abord à la famille Kallergis, dont les héritiers le cédèrent en 1504 au moine Niphon Notaras, parfois regardé comme son véritable fondateur. Il entre dans les sources écrites à l’époque vénitienne : des mentions de 1532 – dans un manuscrit aujourd’hui à la bibliothèque Saint-Marc de Venise – et de 1538, les dates 1583 et 1585 sur les portes, et un cellier portant une inscription de 1628 rattachent l’histoire de la construction de l’ensemble à l’higoumène Maximos Loukaris.

Monastère d’Agarathos (Panagia Agarathos)

Une pépinière de patriarches

Sous la domination vénitienne, Agarathos fut une maison opulente et un foyer de savoir et de culture du livre – on l’a qualifié de pépinière de clercs lettrés. Au monastère sont associés Mélétios Pigas, futur patriarche d’Alexandrie (1590-1601), et son élève Cyrille Loukaris, qui devint d’abord patriarche d’Alexandrie puis, avec des interruptions entre 1612 et 1638, de Constantinople, et qui compte parmi les figures les plus marquantes de l’orthodoxie du XVIIe siècle ; tous deux y auraient exercé la charge d’higoumène. La liste comprend encore Silvestros, patriarche d’Alexandrie de 1566 à 1590, le théologien Joseph Bryennios et Gérasimos Palaiokapas. La bibliothèque et les chartes du monastère passaient pour si précieuses qu’une partie des manuscrits et des archives fut plus tard mise en sûreté dans l’île de Cythère, avec laquelle la maison entretenait d’anciens liens : le moine Antonios Kalonas y porta reliques et manuscrits en 1836, et ce n’est qu’en 1970 que l’higoumène Kyrillos Chourdakis rapporta l’icône de la Vierge et les manuscrits.

Monastère d’Agarathos (Panagia Agarathos)

En 1646, l’higoumène Athanasios Christoforos prit part à la résistance contre la conquête ottomane. La tradition monastique garde aussi le souvenir de Néophytos Patélaros, premier métropolite de Crète après le rétablissement de la hiérarchie orthodoxe : il cultiva des relations avec le grand vizir ottoman Ahmed Köprülü et aida le monastère à survivre au changement de maîtres. Lors des soulèvements ultérieurs, l’ensemble fut pillé et endommagé à plusieurs reprises – incendié en 1821, les moines ayant aidé à préparer la révolte, et de nouveau saccagé en 1896, lorsque l’insurgé Antonis Tryfitsos en fit sa base. Une salle particulière est aujourd’hui dédiée au patriarche Théodore II d’Alexandrie, Crétois de naissance et fils spirituel d’Agarathos, qui vécut ici comme jeune moine.

Le tour du monastère

L’ensemble comprend des murs d’enceinte, des ailes de cellules, une cour dallée, le catholicon, le clocher de 1862, un musée ecclésiastique et la bibliothèque, ainsi qu’une hôtellerie et un réfectoire. Le catholicon actuel fut rénové en 1940 et orné de fresques modernes de style byzantin. À côté du monastère, hors les murs, s’élève une église Saint-Raphaël. La Dormition de la Vierge est célébrée le 15 août, la mémoire de saint Minas le 11 novembre ; ces deux jours-là, les pèlerins affluent de toute la Pédiada et d’Héraklion. Les visiteurs sont les bienvenus dans la journée, avec une pause à midi.

Monastère d’Agarathos (Panagia Agarathos) Monastère d’Agarathos (Panagia Agarathos)

Le grand martyr saint Minas

Le grand martyr saint Minas naquit en Égypte au IIIe siècle – en 285, dit la tradition, à Nikiou près de Memphis, fils d’un gouverneur de province. Il entra dans l’armée romaine à quinze ans, mais, pendant les persécutions des chrétiens sous Dioclétien et Maximien, il quitta le service au bout de trois ans, se retira dans la solitude et finit par confesser publiquement le Christ. Après avoir été torturé, il fut décapité, vers 309 – selon la tradition à Kotyaion, en Phrygie –, et son tombeau, dans le désert à l’ouest d’Alexandrie, près du lac Mariout, là où les chameaux portant son corps se seraient arrêtés et auraient refusé d’aller plus loin, devint l’un des grands lieux de pèlerinage de l’Antiquité tardive ; de petites ampoules d’argile estampillées à son nom, rapportées chez eux par les pèlerins, ont été retrouvées de l’Italie et de la France jusqu’en Angleterre et au Soudan. Dans la tradition orthodoxe, saint Minas est vénéré comme martyr et comme prompt secours dans la détresse ; les icônes le montrent en jeune guerrier, souvent à cheval, ou debout entre deux chameaux.

Miracles de saint Minas dans la tradition de l’Église

La résurrection d’un pèlerin à Constantinople

Un pèlerin qui se rendait à la fête de saint Minas descendit dans une auberge. Lorsque l’aubergiste vit l’argent de son hôte, il le frappa à mort et cacha le corps dans un tonneau. Alors saint Minas lui apparut sous les traits d’un cavalier, le confondit pour son forfait et rendit la vie au pèlerin. Devant le miracle, le meurtrier se repentit.

Le sauvetage du serviteur et le plat d’argent

Un chrétien avait commandé deux plats d’argent, l’un portant le nom de saint Minas, l’autre le sien. Au cours d’un voyage en mer, son serviteur s’apprêtait à rincer le plat du maître lorsque celui-ci lui glissa des mains et tomba à la mer, et lui-même disparut dans les flots. Après que le maître eut prié saint Minas, le serviteur fut ramené au rivage – le plat perdu entre les mains.

L’apparition de saint Minas à Héraklion en 1826

Selon la tradition de l’Église, pendant la guerre d’indépendance grecque, des Ottomans furieux projetèrent d’attaquer les chrétiens rassemblés, la nuit de Pâques, dans l’église Saint-Minas d’Héraklion – la petite église de 1735 qui se dresse encore à côté de la cathédrale. C’est alors que le saint apparut sur un cheval blanc, fit le tour de l’église et dispersa les assaillants ; les fidèles qui s’y trouvaient furent épargnés. Depuis lors, Minas est tenu pour le saint patron de la ville, qui lui éleva au XIXe siècle sa grande cathédrale : commencée en 1862 sur les plans d’Athanasios Moussis, interrompue par le soulèvement de 1866-1869, et achevée en 1895.

L’apparition de saint Minas aux soldats grecs à El-Alamein

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des soldats grecs qui combattaient en Égypte en 1942 – non loin des ruines de l’antique sanctuaire de saint Minas – rapportèrent que le saint leur était apparu avec une caravane de chameaux. Pour les croyants, ce fut un signe du secours céleste, qui affermit le courage des troupes.