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Arkalochori : la grotte sacrée et l’église de l’Archange-Michel

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Arkalochori : la grotte sacrée et l’église de l’Archange-Michel

Arkalochori : la grotte sacrée et l’église de l’Archange-Michel

Arkalochori (Αρκαλοχώρι) se trouve à une bonne trentaine de kilomètres au sud-est d’Héraklion, à environ 400 mètres d’altitude, au milieu des collines doucement ondulées de la Pédiada, où se succèdent oliveraies, vignobles et champs de céréales. Fort de quelque 3 900 habitants, le bourg est le siège de la commune de Minoa Pédiada et a toujours servi de marché aux villages d’alentour. Sous les Ottomans, il était déjà le chef-lieu d’un district de 24 villages, et son marché hebdomadaire, où se négociaient grains, bétail et marchandises de toute sorte, attirait des commerçants des provinces d’Héraklion comme du Lassithi ; le marché du samedi reste la journée la plus animée de la semaine. Dans le recensement vénitien de 1583, le village figure sous le nom d’« Arcaloghori », avec 160 habitants. Ce nom vient soit d’« arkalos », le mot du dialecte crétois qui désigne le blaireau, soit – ce que beaucoup jugent plus vraisemblable – de l’antique cité d’Arkadia, qui s’élevait dans ces parages. Les Minoens étaient là bien avant : à trois kilomètres au nord, à Galatas, un palais d’époque minoenne a été mis au jour.

Au sud-ouest du bourg, sur le versant de la colline du Profitis Ilias, s’ouvre une grotte d’apparence fort modeste qui compte pourtant parmi les lieux de culte les plus importants de la Crète minoenne. Elle servit à des fins religieuses dès le Minoen ancien, à partir de 2500 av. J.-C. environ, et les offrandes cessèrent vers 1450 av. J.-C. Les archéologues y recueillirent des épées, des poignards et des couteaux de bronze, ainsi que des doubles haches de bronze, d’argent et d’or, dont certaines sont gravées de motifs et de signes d’écriture. Le Musée archéologique d’Héraklion présente ce dépôt, dont l’essentiel date des années 1700 à 1450 av. J.-C., comme le plus vaste ensemble d’objets métalliques minoens trouvé dans l’île.

Arkalochori : la grotte sacrée et l’église de l’Archange-Michel

Découverte et fouilles

L’histoire de la découverte montre de façon exemplaire à quel point les sites archéologiques sont vulnérables. Ce furent des villageois qui tombèrent les premiers sur les bronzes, et ils les vendirent au poids à des marchands d’Héraklion. En 1912, Iosif Chatzidakis mena une première fouille officielle ; après quoi la grotte retomba aux mains des fouilleurs clandestins, et une partie des pièces prit le chemin du marché de l’art et de musées étrangers. Ce n’est que dans les années 1930 que Spyridon Marinatos et Nikolaos Platon explorèrent le site de manière systématique. L’entrée actuelle ne mesure qu’environ 70 centimètres de large sur 1,60 mètre de haut. À l’origine, la grotte se composait de plusieurs salles, grandes et petites, communiquant entre elles, dont la voûte s’effondra vers 1500 av. J.-C. ; les fouilles illicites et les glissements de terrain causèrent de nouveaux dégâts au XXe siècle, et ce qui subsiste de la voûte repose aujourd’hui sur trois piliers de béton. Il y a peu à voir à l’intérieur, et mieux vaut concevoir la visite comme une courte promenade sur la colline, jusqu’à l’endroit d’où proviennent les trouvailles.

Ces trouvailles forment l’une des plus importantes collections d’armes et d’objets de culte minoens. On dénombra notamment 53 lames d’épée en bronze, dont une de 1,055 mètre de long, tenue pour la plus longue épée de bronze de la préhistoire grecque, et des doubles haches votives atteignant 70 centimètres d’envergure ; dix-neuf d’entre elles, dont une en argent, provenaient de la seule première fouille. S’y ajoutaient de petites haches en feuille d’or et d’argent – vingt-cinq en or et sept en argent au total –, des tessons et des restes de manches de bois. La plus célèbre est la hache dite d’Arkalochori, une tête de double hache en bronze coulé d’environ 24 centimètres d’envergure, fabriquée vers 1650 av. J.-C. et gravée, dans sa partie centrale, de quinze signes qui rappellent ceux du disque de Phaistos ; une seconde hache porte des signes en écriture linéaire A. Que ces quinze signes soient une véritable écriture, la chose est discutée – certains savants y voient un simulacre d’inscription, gravé par quelqu’un qui ne savait pas lire. Les pièces sont exposées au Musée archéologique d’Héraklion.

Certaines offrandes avaient été cachées à dessein, ou furent ensevelies sous les décombres lorsque l’entrée s’écroula. Les traces de destruction pourraient être liées aux conflits du Minoen récent, mais aucun événement guerrier précis ne peut être démontré ; un séisme, ou les suites de l’éruption volcanique de Théra, en est la cause la plus probable. Comme on y consacrait surtout des armes, Marinatos supposa une divinité guerrière ; il songea même à reconnaître ici la grotte où Rhéa aurait mis Zeus au monde. Que ces armes aient été des offrandes et non des armes d’usage, les épées elles-mêmes le suggèrent : elles n’ont ni poignée ni les trous de rivets nécessaires pour en fixer une. Une autre lecture voit dans le dépôt un précieux métal d’importation, mis à l’abri en temps de crise et jamais récupéré. Des morceaux de cuivre brut, des lingots et une épée inachevée indiquent en outre que l’on travaillait le métal à proximité. La grotte est parfois rapprochée du « labyrinthe » et du culte de la double hache – c’est là une hypothèse savante, non une identification assurée avec le labyrinthe de la légende.

L’église de l’Archange et les fêtes paroissiales

À la sortie du bourg – à 150 mètres environ des dernières maisons, dans l’ancien cimetière – s’élève l’église de l’Archange-Michel (Μιχαήλ Αρχάγγελος), une église funéraire byzantine à plan en croix voûtée, précédée d’un narthex carré ajouté après coup, qu’éclaire une insolite coupole conique et qui s’ouvrait à l’origine par des arcades, murées par la suite. Ses fresques datent des XIVe et XVe siècles, les parties les plus anciennes peut-être de la fin du XIIIe, et le narthex fut peint vers le milieu du XIVe. Dans le narthex, on distingue les Évangélistes dans les pendentifs, sous un Pantocrator, la Présentation de la Vierge au Temple, tirée d’un cycle de sa vie, l’Hospitalité d’Abraham et les Trois Jeunes Gens dans la fournaise ; dans l’église proprement dite, des saints, l’Entrée à Jérusalem, le Baptême du Christ, la Trahison de Judas, la Descente de croix, l’Ascension et l’Annonciation, ainsi que des épisodes de l’histoire de l’archange, parmi lesquels Josué devant Jéricho et le Miracle de Chonès. L’édifice a été gravement ébranlé en 2021 et réclame une restauration complète. Deux panigiria sont célébrés à Arkalochori : le 6 août pour la Transfiguration du Christ, et le 21 mai en mémoire des saints Constantin et Hélène, égaux aux apôtres. Un panigiri associe office religieux, procession, repas pris en commun et foire de village.

Le chapitre le plus récent de l’histoire du bourg est le violent séisme du 27 septembre 2021, qui frappa à 9 h 17 du matin, avec une magnitude de 6,0 et à une profondeur d’à peine six kilomètres. Il endommagea quelque quatre cinquièmes des bâtiments d’Arkalochori, rendit inhabitables un très grand nombre de maisons de la région et fit 36 blessés ; environ deux mille répliques suivirent. La petite chapelle du Prophète-Élie, sur la colline au-dessus de la grotte, s’effondra et ensevelit un homme qui travaillait à l’intérieur ; son fils fut blessé à ses côtés. La chapelle fut rebâtie par le diocèse, de concert avec le ministère de la Culture, et consacrée de nouveau un an plus tard jour pour jour, le 27 septembre 2022 ; depuis lors, les habitants y voient le signe d’un nouveau départ.