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Au large, à un demi-mille de la plage, se trouve la petite île de Thodorou, officiellement Agii Théodori, flanquée d’une compagne plus petite encore, Mikros Agios Théodoros ; dans l’Antiquité, on l’appelait Akytos, et le Stadiasme, l’itinéraire côtier des Anciens, note qu’elle disposait d’eau potable. L’île couvre environ soixante-dix hectares. Les Vénitiens la fortifièrent à la fin du XVIe siècle en y élevant deux forts, l’un nommé Turluru au sommet, l’autre plus bas, près du rivage, pour une dépense de quelque 21 500 ducats, afin de protéger la côte et les approches de La Canée contre les incursions venues de la mer ; en juin 1645, à l’ouverture de la guerre de Candie, l’île fut l’un des premiers points à tomber aux mains des Ottomans, et la tradition rapporte que le commandant vénitien, Biagio Giuliani, préféra faire sauter la poudrière avec sa petite garnison plutôt que de se rendre. Sur l’île s’élevait jadis une église paléochrétienne à trois nefs dédiée à saint Théodore le Stratélate, dont il ne reste que des ruines. Thodorou est aujourd’hui protégée en tant que réserve naturelle et connue pour son troupeau de chèvres sauvages de Crète, les kri-kri, qui y vivent en paix depuis 1935, année où le premier mâle et deux femelles furent lâchés sur l’île ; c’est aussi un important site de nidification du faucon d’Éléonore. Il est en principe interdit d’y débarquer, sauf le jour de la fête des saints Théodore, où des bateaux y conduisent les fidèles depuis Platanias ; mais l’île se voit fort bien de la plage d’Agia Marina – avec, dans son flanc, la grande bouche de caverne où la légende populaire reconnaît la gueule béante d’un monstre marin pétrifié, qui surgissait pour dévorer Platanias lorsque les prières adressées par les habitants à la Vierge et à saint Georges le changèrent en pierre.
Agia Marina (Αγία Μαρίνα) est une station balnéaire située à neuf kilomètres environ à l’ouest de La Canée, entre Stalos et Platanias. Deux visages de la côte s’y rencontrent : Stalos a gardé des portions de rivage plus tranquilles, tandis qu’Agia Marina est connue pour sa plage de sable de quelque deux kilomètres, avec ses secteurs aménagés, pour son beach-volley, ses tavernes, ses bars et sa vie nocturne ; ses visiteurs, comme ceux de Platanias, viennent en grande partie de Scandinavie, au cours d’une saison qui va d’avril à octobre. Derrière le ruban des hôtels commencent les collines et les vieux chemins qui mènent aux villages de l’arrière-pays, puis vers la plaine de Kissamos. La communauté compte quelques centaines d’habitants permanents et vivait, avant la venue des touristes, de l’olive, des agrumes, des melons et de l’élevage, ainsi que de petits ateliers et de métiers artisanaux.
L’histoire du village s’est poursuivie jusqu’au XXe siècle. Quatre hommes du lieu prirent part à la lutte pour la Macédoine ; pendant la bataille de Crète, en mai 1941, on se battit dans les environs. Durant les années de l’occupation allemande, les soldats réquisitionnèrent de nombreuses maisons d’Agia Marina, et deux habitants furent tués aussitôt après la découverte d’armes à leur domicile. Ces événements rappellent que la station actuelle a grandi sur le sol d’une communauté villageoise vivante, et non sur un rivage désert.
Le nom de la localité remonte selon toute vraisemblance à la petite église d’Agia Marina, qui s’élève à l’écart du vieux centre du village, près de l’ancien cimetière. La date de sa construction n’est pas établie ; une conjecture locale la fait remonter jusqu’au temps de Nicéphore Phocas, c’est-à-dire au Xe siècle, lorsque la Crète fut reprise aux Arabes. Aux alentours subsistent les traces d’une fortification vénitienne et de constructions ottomanes plus tardives, et des monnaies éparses, des tessons et des pierres de taille provenant d’édifices plus anciens donnent à penser que la contrée était déjà habitée dans l’Antiquité. Ces vestiges ne forment pas un château à proprement parler, mais ils rappellent que le rivage appartenait au territoire historique de La Canée, où les seigneurs, les routes et les formes de l’habitat changèrent au fil des siècles.
Sur le territoire de Stalos se trouve Nérospilia, la « grotte de l’eau », avec ses stalactites et ses stalagmites. Les archéologues la rattachent à des pratiques religieuses de l’époque minoenne. L’eau et l’espace souterrain ont pu conférer à la grotte une signification sacrée ; quels rites y furent accomplis, et à quelle divinité ils s’adressaient, on l’ignore. Il est donc plus exact de parler d’un lieu à usage cultuel que d’un sanctuaire entièrement reconstitué. La grotte se situe dans les collines qui dominent la côte et n’est pas aménagée pour la visite ; une lampe torche et un pied sûr sont nécessaires, et le mieux est de s’y faire conduire par quelqu’un du village.
À l’ouest d’Agia Marina s’étend Platanias, grosse localité côtière à l’embouchure de la rivière du même nom, qui doit son appellation aux platanes de ses berges. Le village proprement dit compte un peu moins d’un millier d’habitants, mais, depuis la réforme territoriale de 2011, il a donné son nom à une commune de quelque quinze mille personnes qui s’étend vers l’ouest jusqu’à la limite de Kissamos et dont le siège est à Gérani. De la colline du vieux village, au-dessus de la côte, un panorama s’ouvre sur le golfe de La Canée jusqu’à l’île de Thodorou, et la plaine fertile, de part et d’autre de la rivière, est plantée de vergers d’agrumes et d’oliveraies. Platanias est aujourd’hui l’un des centres touristiques les plus importants de la partie occidentale du golfe, mais son paysage reste lié à l’agriculture.
On associe à Platanias l’antique Pergamos (Πέργαμος). Selon une opinion locale, c’est ici même que se dressait la cité nommée par la tradition antique – fondation, disaient les Anciens, d’Agamemnon ou des exilés troyens conduits par Énée ; d’autres savants la cherchent sur la colline de Grimbiliana ou près de Vryssès. La localisation demeure une hypothèse.
Plus à l’ouest se trouve Gérani, village côtier doté de plages, d’hôtels et d’une atmosphère paisible, et, depuis 2011, siège administratif de la commune de Platanias. Y viennent les familles avec enfants, et tous ceux qui préfèrent les sports nautiques sans le vacarme incessant des grandes stations. L’arrière-pays a conservé ses jardins, ses oliviers et ses petits hameaux ruraux ; ainsi Gérani répond-il à l’agitation d’Agia Marina par un rythme différent, plus mesuré.
Ensemble, Agia Marina, Stalos, Platanias et Gérani forment une bande continue sur la côte ouest de La Canée. Plages et équipements touristiques y voisinent avec la grotte de Nérospilia, les vestiges d’anciens habitats et l’église orthodoxe d’Agia Marina. Pour un séjour, il vaut la peine de choisir à l’avance sa portion de rivage : entre les plages aménagées et les coins tranquilles, la distance est faible, mais l’impression tout autre. Les plages regardent le nord et reçoivent le vent d’été, si bien que la mer est souvent plus agitée l’après-midi que le matin. Depuis La Canée, les autobus publics desservent la route côtière à intervalles rapprochés.