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Les gorges de Thérisso et la grotte proche de leur débouché

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Les gorges de Thérisso et leur grotte

Les gorges de Thérisso (Therisiano Farangi, Θερισιανό Φαράγγι) s’ouvrent à quelques kilomètres au sud de La Canée, entre des versants calcaires et de basses collines boisées, au pied nord-ouest des Montagnes Blanches. C’est le défilé le plus proche de la ville. Il porte officiellement le nom de « gorges Elefthérios Venizélos », car à son extrémité supérieure, à 580 mètres d’altitude et à une quinzaine de kilomètres de La Canée, se trouve le village de Thérisso – lieu de naissance de la mère de Venizélos, et d’où le futur homme d’État lança sa révolte en 1905. Sur six kilomètres environ, l’itinéraire suit le lit d’un petit ruisseau, qu’accompagnent platanes, châtaigniers et épais taillis, et peu avant le débouché des gorges il passe devant une vaste grotte. La promenade compte parmi les plus faciles de l’île : le sentier est balisé, la montée de 400 mètres environ se répartit en douceur sur toute la distance, il faut compter deux heures à peu près, et aucune expérience de la montagne n’est requise. Qui préfère ne pas marcher peut tout simplement traverser en voiture, par l’étroite route goudronnée qui monte du faubourg de Perivolia à Thérisso – c’est la seule gorge de Crète que l’on puisse parcourir en automobile d’un bout à l’autre.

Cette facilité d’accès fait précisément le charme du lieu. À la différence des grandes gorges de la côte sud, la vallée n’exige ni une journée entière ni un retour en bateau ; les parois ne s’en dressent pas moins à pic et se resserrent étroitement, la lumière arrive tamisée par les feuillages, et en automne les arbres du ruisseau prennent des teintes que l’on voit rarement en Crète. Des grimpeurs ont équipé des voies sur les parois rocheuses, réparties en quatre secteurs distincts. Au lieu-dit Tris Ekklisiès, un vieux pont de pierre enjambe le lit du ruisseau ; les gens du pays l’appellent simplement « Kamara », l’arche.

La grotte proche du débouché des gorges

La grotte se trouve à deux kilomètres et demi environ au nord du village de Thérisso. On la connaît sous le nom de Kato Sarakina (Κάτω Σαρακήνα), parfois sous celui d’Elliniko. Elle mesure quelque huit mètres de haut, douze de large et une vingtaine de profondeur. Sa large entrée se distingue depuis la route, et l’intérieur a gardé son caractère karstique naturel. Comme bien des grottes crétoises, elle abrita les habitants du canton sous la domination ottomane : en temps de guerre, ils pouvaient y attendre la fin du danger, loin des routes et des villages. Thérisso avait besoin de tels lieux. La gorge était la voie d’accès naturelle au village, et l’on raconte que 300 insurgés en tinrent un jour l’entrée contre 5 000 soldats ottomans commandés par Latif Pacha, qui perdit quelque 500 hommes. Le village lui-même fut incendié plus d’une fois au XIXe siècle – en 1821 et 1822 par des forces turco-crétoises et égyptiennes, puis à la fin de septembre 1866 par les troupes de Moustapha Naïli Pacha –, de sorte que, pour les gens de la vallée, une cachette de ce genre n’avait rien d’une simple précaution.

Les trouvailles archéologiques couvrent une longue durée, du néolithique à la période géométrique en passant par l’ère minoenne. Elles consistent pour l’essentiel en tessons de poterie et en autres traces de présence humaine. La grotte ne fut donc pas utilisée par une seule génération : on y revint sans cesse pendant des millénaires, et l’on pense qu’elle servit par moments de sanctuaire dans l’Antiquité. Rien n’est exposé sur place et rien n’a été aménagé pour la montre – ce qui rend le matériel recueilli d’autant plus précieux comme témoignage sur l’histoire ancienne de cette campagne.

Le paysage karstique de La Canée

Les gorges et les grottes calcaires de l’arrière-pays de La Canée forment un seul système naturel, d’un seul tenant. Les gorges voisines recèlent des cours d’eau souterrains, des sources, des stalactites et de petites chapelles rupestres. Dans celles de Thérisso, le jeu de l’eau et du relief est particulièrement net : le ruisseau a entaillé le fond du défilé, tandis que la dissolution du calcaire ouvrait dans ses parois cavités et abris naturels.

Le ruisseau ne coule que de façon saisonnière – en règle générale, il y a de l’eau jusqu’au printemps – et la grotte ne dispose d’aucun aménagement pour les visiteurs. Après la pluie, certains passages deviennent glissants ; on ne s’aventurera pas dans les cavités plus profondes sans un compagnon qui connaisse le terrain ni sans un éclairage suffisant.

Les grottes, lieux de mémoire

Dans les guerres et les temps de persécution, les grottes de Crète ont souvent servi de refuges provisoires. Ce rôle n’efface pas leur histoire plus ancienne : les couches archéologiques de la grotte de Thérisso montrent que cet abri naturel attirait les hommes bien avant la période ottomane. La gorge est ainsi tout à la fois une porte sur la nature et un lieu où se lisent les traces d’une emprise humaine sur le paysage vieille de plusieurs millénaires – du tesson de l’âge de pierre aux soulèvements du XIXe et du début du XXe siècle, en passant par la forteresse byzantine du Kastellos. Les frères Chalis, de Thérisso, furent au nombre des héros de la lutte de 1821. Le dernier des soulèvements commença le 23 mars 1905, lorsque quelque 1 500 hommes, dont 500 seulement environ étaient armés, se rassemblèrent au village autour d’Elefthérios Venizélos pour réclamer l’union avec la Grèce et la fin du pouvoir autocratique du haut-commissaire, le prince Georges ; en trois semaines, quelque 7 000 sympathisants s’étaient réunis. Les insurgés déposèrent les armes à des conditions honorables le 25 novembre, le prince démissionna en septembre 1906 et eut pour successeur Alexandros Zaïmis, et en 1913 la Crète fut officiellement réunie à la Grèce.