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Grotte de l’Ida (Idaion Antron) – le sanctuaire de Zeus sur le Psiloritis

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La grotte de l’Ida – le sanctuaire de Zeus sur le Psiloritis

La Crète possède deux grottes liées à la naissance et à l’éducation de Zeus : celle du Dikté et celle de l’Ida. La grotte de l’Ida, l’Idaion Antron (Ιδαίον Άντρον), se trouve à quelques dizaines de mètres au-dessus du plateau de Nida, sur le versant oriental du Psiloritis, l’Ida des Anciens, à une vingtaine de kilomètres d’Anogia et à 1 498 mètres d’altitude. Dans le pays, on l’appelle Spiliara, ou la « grotte de la Bergère » (Spiliara tis Voskopoulas), d’après une tradition voulant qu’une dame de haut rang y ait été ensevelie ; un autre récit local la rattache à Charidimos, le prince crétois de l’Érotokritos, le roman en vers de Vitsentzos Kornaros. Les sources antiques donnent aussi le nom d’Arkesion Antron, tiré d’arkesis, « secours ». La grotte était déjà célèbre dans la plus ancienne littérature grecque : au chant VIII de l’Iliade, Homère évoque l’enclos sacré et l’autel odorant de Zeus sur l’Ida, et Apollonios de Rhodes fait rappeler par Aphrodite l’antre où le dieu enfant fut nourri par Adrastée.

L’entrée est un large portail rocheux ouvert à l’est. De là, le sol descend en pente douce vers la salle principale, qui mesure environ 40 mètres sur 50 ; la grotte couvre en tout quelque 800 mètres carrés. Les archéologues y distinguent une salle centrale, une chambre nord et une chambre sud, ainsi qu’un renfoncement septentrional, l’« adyton », prolongé par une galerie latérale d’une bonne vingtaine de mètres. Les concrétions y sont rares – trois grandes stalactites près de l’entrée font exception ; la cavité suit une faille dans le calcaire en plaquettes plissé, et elle doit son effet à l’espace lui-même comme au paysage de haute montagne qui s’étend devant le portail.

Grotte de l’Ida (Idaion Antron) – le sanctuaire de Zeus sur le Psiloritis

Grotte et sanctuaire archéologique

L’Idaion Antron n’est pas une simple cavité naturelle de la montagne, mais l’un des lieux de culte majeurs de la Crète minoenne et de la Crète grecque antique. La recherche y a prouvé une présence humaine dès le IVe millénaire av. J.-C., au Néolithique final – d’abord, sans doute, celle de bergers en quête d’un abri. Les plus anciens indices de culte remontent au IIe millénaire, et au XVe siècle av. J.-C. la grotte était déjà un lieu de dévotion d’un certain renom ; on y vénérait alors probablement un jeune dieu de la végétation qui meurt et renaît chaque année, celui que l’on nomme le Zeus crétois, et dont le Zeus olympien prit plus tard la place. Le sanctuaire connut sa plus forte fréquentation aux époques géométrique et archaïque, entre le Xe et le VIe siècle av. J.-C., puis un renouveau aux temps hellénistiques et romains. Devant l’entrée se dresse encore un autel rectangulaire taillé dans la roche vive.

Dans la grotte et à ses abords, on a recueilli des boucliers de bronze des VIIIe et VIIe siècles av. J.-C., des armes, des vases, des fragments de chaudrons à trépied, des lampes (particulièrement nombreuses pour l’époque romaine), des monnaies, des sceaux, des bijoux, des colliers de pierres semi-précieuses et des vases miniatures en or, ainsi que des ouvrages d’ivoire, de faïence, de cristal de roche, de verre, d’os et d’argile. Les boucliers, martelés et gravés, comptent parmi les chefs-d’œuvre de la première toreutique crétoise ; le plus fameux, un tympanon, montre un dieu enjambant des animaux entre des personnages qui frappent des tambours, où l’on reconnaît Zeus au milieu des Courètes. Certains ivoires sortent d’ateliers de la Syrie du Nord, et une péliké de terre cuite figure la naissance de Zeus elle-même. Bon nombre de ces pièces sont conservées au Musée archéologique d’Héraklion. Leur diversité montre que des pèlerins montaient au sanctuaire depuis diverses régions de Crète et du monde grec au sens large. En contrebas de la grotte, on a partiellement dégagé un édifice antique, qui servait probablement au fonctionnement du sanctuaire.

Grotte de l’Ida (Idaion Antron) – le sanctuaire de Zeus sur le Psiloritis

Le mythe de Rhéa, de Cronos et de Zeus enfant

Selon le mythe, Cronos redoutait la prophétie de Gaïa et d’Ouranos, d’après laquelle son propre fils le renverserait ; aussi avalait-il les enfants de Rhéa sitôt qu’ils naissaient : Hestia, Déméter, Héra, Hadès et Poséidon. Lorsqu’elle fut enceinte de Zeus, Rhéa vint en Crète et déroba l’enfant à Cronos. Dans l’une des versions anciennes, elle le mit au monde dans la grotte du Dikté, puis le confia aux nymphes et aux Courètes, qui appartiennent aux montagnes de l’Ida ; les nymphes y portent les noms d’Adrastée et d’Ida.

Grotte de l’Ida (Idaion Antron) – le sanctuaire de Zeus sur le Psiloritis

Amalthée allaita le nourrisson de son lait – la tradition nomme aussi la nymphe Mélissa, qui le nourrit de miel –, tandis que les Courètes veillaient sur lui et couvraient ses pleurs en frappant leurs boucliers de leurs lances et de leurs épées. Rhéa, pendant ce temps, emmaillota une pierre et la remit à Cronos à la place de l’enfant. Cet épisode éclaire l’image centrale du sanctuaire de l’Ida : dans le mythe, le vacarme de la danse en armes devient le moyen de protéger l’enfant divin.

Grotte de l’Ida (Idaion Antron) – le sanctuaire de Zeus sur le Psiloritis

Zeus, la naissance de l’ordre olympien et l’hymne crétois

Parvenu à l’âge d’homme, Zeus se dressa contre Cronos et le força à rendre les enfants qu’il avait engloutis. Vainqueur de son père, il partagea l’empire du monde avec Poséidon et Hadès et devint le dieu suprême de l’Olympe. Dans la tradition de l’Ida, ce mythe unit le paysage montagnard de la Crète au récit de la naissance d’un nouvel ordre divin. S’y rattache également le roi Minos, qui serait monté tous les neuf ans à la grotte de son père pour y renouveler les lois ; Platon situe l’entretien de ses « Lois » sur cette route même, de Cnossos à l’antre de Zeus, où un étranger athénien chemine en compagnie d’un Crétois et d’un Spartiate.

Dans la pratique cultuelle plus tardive, des danses armées et bruyantes étaient exécutées en l’honneur de Gaïa et de Zeus Idéen. Les participants évoluaient avec boucliers et armes et marquaient la cadence de leurs coups ; les sources écrites antiques connaissent elles aussi de telles scènes. La grotte était en outre le siège de mystères dont les initiés gardaient le contenu secret : Pythagore, dit-on, y fut initié et décrivit l’autel comme un trône du dieu, et le devin crétois Épiménide est pareillement associé à la grotte. Dans les danses crétoises d’aujourd’hui se reconnaissent encore certains traits du mouvement archaïque – le rythme, la ronde, le martèlement appuyé des pieds et le lien qui unit la danse à la fête de la communauté.

La grotte de l’Ida aujourd’hui

La grotte se trouve dans une zone de haute montagne au climat rude ; la visite doit donc se préparer en tenant compte du temps, de la neige et de l’état de la route qui monte au plateau de Nida. La route goudronnée venant d’Anogia s’achève sur un parc de stationnement, en lisière du plateau ; de là, un large sentier gagne le portail en une vingtaine de minutes. La neige peut persister dans l’entrée jusque tard au printemps, et même en été il fait frais et venteux là-haut : une veste et de bonnes chaussures s’imposent en toute saison. L’intérieur se visite sans guide, mais le sol plonge en pente raide ; les rails du petit chemin de fer de chantier subsistent des années de fouille. En montant d’Anogia, la route longe le site minoen de Zominthos, et le plateau lui-même est parsemé de mitata, ces cabanes de bergers en pierre sèche propres aux pâturages du Psiloritis. L’Idaion Antron est aujourd’hui tout à la fois un monument archéologique, le siège d’un culte immémorial et une part du paysage naturel du Psiloritis. Sa portée ne tient pas à tel ou tel épisode du mythe, mais à l’accord des trouvailles archéologiques, des textes anciens et de la mémoire vivante de la Crète.