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Apodoulou – le « village de Cendrillon » de l'Amari

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Apodoulou : un village sur les pentes méridionales du Psiloritis

Apodoulou se trouve dans la partie sud de l'Amari, dans ce que l'on appelle la vallée d'Ambadia, entre 400 et 450 mètres d'altitude, à mi-chemin du Psiloritis et de la mer de Libye, et à 54 bons kilomètres de Réthymnon. Sources, jardins et vieux arbres entourent le village, réputé pour son climat sec et salubre ; de ses abords, la vue porte loin sur la vallée et descend, au sud, jusqu'à la mer. L'huile d'olive, la caroube, le miel et les produits de l'élevage font vivre ses quelque 230 habitants. Le nom dérive du mot grec ancien qui désigne l'esclave affranchi (apodoulos) : le premier habitant, veut la tradition, était un esclave racheté de sa captivité chez des pirates, qui chercha la sécurité dans l'intérieur de l'île. Les sources vénitiennes citent le lieu en 1577 sous la forme « Nuphia et Apodholou » et lui donnent 139 habitants en 1583. Les trouvailles archéologiques montrent toutefois que la contrée était peuplée bien avant la naissance du village actuel – dès le néolithique final, en vérité – et qu'elle commandait l'une des grandes voies menant de Phaistos et de la Messara à la côte nord.

L'histoire de Kallitsa Psaroudaki et le Frangiko Konaki

Dans les années du soulèvement contre les Ottomans, en 1821, Kallitsa Psaroudaki, fille du chef du village Alexandros Psarakis, âgée de onze ans, fut enlevée par des troupes ottomanes qui traversaient la région et emmenée en Égypte, où on la mit en vente sur le marché aux esclaves d'Alexandrie. Elle y fut achetée et affranchie par un membre de la famille Hay, propriétaires terriens écossais du Berwickshire, puis élevée dans la maison, d'où on l'envoya à l'école afin qu'elle apprît à bien parler et écrire l'anglais. La version la mieux attestée du récit reconnaît en son époux Robert Hay (1799-1863), qui avait servi tout jeune dans la Royal Navy et fait escale à Alexandrie dès 1818, avant de devenir un pionnier de l'égyptologie, relevant les monuments de la vallée du Nil avec une équipe d'artistes entre 1824 et 1834 ; il épousa Kallitsa à Malte en mai 1828. La tradition villageoise, elle, garde le souvenir d'un John Hay, amiral de la flotte britannique, et les détails varient d'un conteur à l'autre. Au cours d'une traversée de la Méditerranée, il la conduisit dans la baie de Souda et à La Canée, où Kallitsa retrouva son père, qui la reconnut lorsqu'elle décrivit leur maison et le caroubier de la cour. Le voyageur anglais Robert Pashley rapporte avoir rencontré le couple à Apodoulou en 1834.

En 1844, Hay vint à Apodoulou et, en 1846, il y fit bâtir une maison de pierre pour la famille. Un maître maçon de Karpathos l'aurait élevée, employant de la terre de Santorin pour le mortier et des tuiles de Malte pour le toit, avec le concours de Stavroulios, le frère de Kallitsa, dont les initiales K.H. furent apposées sur la maison. Les villageois l'appellent le Frangiko Konaki, la « demeure franque », ou la tour de Lady Hay. L'édifice, conçu comme résidence d'été, recourt à des formes empruntées à la fois à l'architecture britannique et à celle de la Méditerranée, et il est devenu l'un des traits marquants du paysage villageois. Kallitsa revint au printemps 1847 avec ses deux aînés, puis à plusieurs reprises encore dans les années 1850 ; un portrait de 1848, dû au peintre écossais sir John Watson Gordon, la représente avec trois de ses quatre enfants.

L'Apodoulou minoen

Au nord et au nord-ouest du village, à un kilomètre environ, sur un coteau au lieu-dit Gournes, s'étend un ensemble archéologique de l'époque protopalatiale, daté des environs de 2000 à 1700 av. J.-C. et tenu pour l'un des sites minoens les plus importants de l'ouest de la Crète centrale. Les bâtiments s'étagent en terrasses sur la pente ; une trentaine de pièces ont été dégagées – logements, ateliers, magasins –, ainsi que des indices d'activité administrative, tels des sceaux de pierre et des pesons de métier à tisser estampillés. Six complexes architecturaux ont été partiellement mis au jour sur une superficie d'environ 3 500 mètres carrés ; le complexe A couvre à lui seul 225 mètres carrés et, dans l'une de ses pièces, plus de 118 vases furent trouvés empilés près d'un escalier, avec un tour de potier. L'établissement fut détruit par le feu à la fin de l'époque protopalatiale et réoccupé à l'époque néopalatiale. Spyridon Marinatos ouvrit les premiers sondages dans les années 1930, le savant allemand Ernst Kirsten fouilla brièvement la partie sud de la colline en 1951 et, de 1985 à 2005, une mission gréco-italienne dirigée par Yannis Tzedakis et Louis Godart, de l'université de Naples, dégagea l'habitat principal. L'ensemble montre que la vallée d'Amari, passage naturel entre la côte nord et la Messara de Phaistos, était intégrée au système économique de la Crète minoenne, à mi-chemin à peu près entre le palais de Monastiraki, à 18 kilomètres à l'ouest, et Phaistos, à 20 kilomètres au sud-est. Le site, fouille à ciel ouvert, est accessible par une piste de terre.

Dans le voisinage, on a exploré une tombe à coupole – une tholos – pourvue d'un long couloir d'accès, le dromos, de quelque sept mètres, et de quatre sarcophages d'argile ; la chambre, d'un peu plus de trois mètres de diamètre, appartient au minoen récent, vers le XIVe siècle av. J.-C. Les larnakes, qui avaient été renversées et portent des figures peintes de pleureuses aux bras levés, sont aujourd'hui au Musée archéologique de Réthymnon. Non loin se dressait un édifice à caractère rituel que Spyridon Marinatos découvrit en 1934 et data de l'époque néopalatiale, vers 1600 av. J.-C. Parmi les trouvailles figurent des vases à libation en stéatite, dont certains portent des signes en linéaire A, un bassin de pierre inscrit, des objets à décor incrusté et une petite double hache d'or ; ils attestent le rang élevé des personnes ensevelies ici et l'essor de l'artisanat local.

Après l'époque minoenne, la vallée ne se vida point : des trouvailles romaines et plus tardives montrent que la vie s'y poursuivit. Les centres politiques se déplacèrent, mais Apodoulou conserva son importance d'étape habitée sur la route reliant les pays de montagne au sud de la Crète, et les recensements vénitiens du XVIe siècle le trouvent toujours peuplé.

Saint Georges à l'épée, à Noufia

À un kilomètre environ d'Apodoulou, dans le terroir appelé Noufia, au nord du village, se dresse l'église d'Agios Georgios Xifoforos, saint Georges porte-glaive. Cet édifice à nef unique, orné de fresques et classé monument historique, est associé à un ancien établissement monastique des XIIe-XIIIe siècles ; la tradition locale situe l'église actuelle au XVe siècle. Une inscription de 1496 nomme la famille Lourotos et le donateur Anastasios – une ligne incomplètement conservée livre le nom d'un prêtre Anastasios assorti de l'épithète « Istoriografos », le peintre – et des couches picturales postérieures montrent que l'église fut rénovée à diverses époques.

Églises et vie du village

Apodoulou possède l'église paroissiale Saint-Jean-Baptiste, les églises Saint-Nicolas et Saint-Georges, ainsi que les chapelles du Prophète-Élie, de Tous-les-Saints, de la Nativité de la Vierge et de Saint-Raphaël. L'église paroissiale fut commencée en 1894 à l'emplacement d'un lieu de culte plus ancien et achevée en 1920 grâce au travail bénévole des villageois ; l'église Saint-Nicolas, sans doute d'origine vénitienne, fut démontée et rebâtie en 1969. La fête patronale tombe le 29 août, jour de la Décollation du Baptiste, où le village célèbre son panigyri, et vers la fin de l'été Apodoulou organise une fête du vin. À l'entrée nord du village se dresse une fontaine de pierre du XIXe siècle. Jadis chef-lieu administratif des hameaux alentour, le village eut son école, ses bureaux, sa poste et ses commerces ; Apodoulou n'est donc pas un simple site archéologique, mais un village vivant, doté de sa propre mémoire ecclésiale et familiale, et il s'associe aisément, dans la même journée, à Kouroutes, à Fourfouras et au palais minoen de Monastiraki, plus haut dans la vallée.