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À Préveli, l'eau douce de la rivière rejoint la mer de Libye. Ceux qui viennent ici peuvent nager dans la lagune de la rivière et dans la mer sans quitter la plage – une alliance que l'on ne trouve guère ailleurs sur l'aride côte sud de la Crète.
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La plage de Limni Préveli se trouve à 35 kilomètres environ au sud de Réthymnon et à une dizaine de kilomètres à l'est de Plakias, dans la municipalité d'Agios Vasileios, sur les terres du monastère de Préveli, entre son établissement du bas et celui du haut. La rivière qui l'a créée s'appelle le Kourtaliotis dans son cours supérieur, là où elle franchit les gorges du même nom entre des parois à pic ; plus bas, on la connaît sous le nom de Mégalopotamos ou Mégas Potamos, la « Grande Rivière ». Peu avant la mer, elle s'élargit derrière le cordon de sable en une petite lagune aux reflets verts. Autour de l'embouchure se sont formées des vasques naturelles d'eau douce, que les gens du pays appellent les « petits bains ». La légende, jamais en reste pour peupler un lieu aussi saisissant, veut qu'Ulysse ait relâché ici sur le chemin du retour de Troie.
Sur les deux rives de la rivière, un bois de palmiers-dattiers de Crète (Phoenix theophrasti) remonte à l'intérieur des gorges. L'espèce, qui doit son nom au naturaliste antique Théophraste, ne pousse à l'état sauvage presque qu'en Crète ; le peuplement de Préveli passe pour le deuxième en importance après celui de Vaï, à l'est de l'île. Avec les lauriers-roses, les roseaux et l'eau claire et fraîche, il compose un paysage qui évoque une oasis d'Afrique du Nord plutôt qu'un rivage grec. Quiconque remonte le courant à gué ou longe la berge parvient en quelques minutes dans la partie ombragée et paisible des gorges, où se succèdent petites cascades et vasques.
La palmeraie est protégée en tant que biotope et néanmoins vulnérable : le 22 août 2010, elle fut presque entièrement brûlée par un grand incendie, qui consuma environ soixante-dix pour cent des arbres. Les palmiers, qui se révélèrent remarquablement résistants, émirent de nouvelles palmes avec une rapidité étonnante – le bois s'était en grande partie régénéré dès l'année suivante –, et au bout de quelques années on ne voyait presque plus rien des dégâts. À l'été 2026, un incendie venu des gorges du Kourtaliotis a de nouveau atteint les arbres. Raison de plus pour observer ce qui devrait ici aller de soi – ni feu en plein air, ni mégots, ni détritus.
La plage elle-même est faite de sable grossier et de fins galets, et le fond marin est pierreux par endroits. À l'extrémité orientale, un rocher remarquable émerge de l'eau, dont la silhouette évoque un cœur ou le mât d'un navire – la « pierre des amoureux », comme on l'appelle parfois ; au-delà du cap s'ouvrent de petites grottes marines. Même au plus fort de l'été, l'eau de la rivière est sensiblement plus froide que la mer, si bien que l'on sent, à l'embouchure, se mêler les courants tièdes et frais. Il n'y a ni transats ni constructions permanentes dans la zone protégée ; une simple buvette ravitaille les visiteurs en saison. Dans les années 1960 et 1970, cette baie écartée fut un repaire de prédilection des hippies ; aujourd'hui, c'est la plage la plus connue de la côte sud de la Crète, et elle est fréquentée en conséquence l'été – ceux qui cherchent le calme viennent tôt le matin ou hors saison.
Un sentier raide descend de la route jusqu'à la côte. L'accès habituel part d'un parc de stationnement situé haut au-dessus des falaises, à l'ouest de la baie, peu avant le monastère du haut : un sentier en escalier bien aménagé conduit à la plage en quinze à vingt minutes et offre en chemin la plus belle vue sur l'embouchure, les palmiers et la mer. La remontée, dans la chaleur de midi, est éprouvante ; de l'eau et un chapeau sont indispensables. L'accès est plus aisé par l'est, où une route mène jusqu'à la plage voisine de Drymiskiano Ammoudi, et d'où un court sentier franchit l'éperon rocheux en quelques minutes. En saison, de surcroît, des bateaux d'excursion venus de Plakias et d'Agia Galini font escale à la plage.
Si paisible que paraisse aujourd'hui la baie, elle a sa place dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale : à l'été 1941, des soldats égarés des forces britanniques, australiennes et néo-zélandaises, que les moines du monastère de Préveli, sous l'higoumène Agathangélos Lagouvardos, et les paysans de la contrée avaient cachés et nourris, attendirent ici les sous-marins qui les emmenèrent de nuit en Égypte. Les Allemands saccagèrent le monastère du bas en représailles. L'un des Australiens recueillis ici, le caporal Geoff Edwards, fonda plus tard une localité en Australie-Occidentale et la nomma Prevelly par gratitude, et plusieurs des monuments commémoratifs du monastère furent financés par des soldats sauvés. La région est habitée depuis bien plus longtemps qu'on ne le supposait autrefois – autour de Préveli et de Plakias, on a trouvé des outils de pierre dont l'âge est estimé à plus de cent mille ans. Une prospection menée en 2008 sous la direction de Thomas Strasser et d'Eleni Panagopoulou recensa 29 sites près de grottes et d'abris sous roche le long de cette côte et recueillit quelque 2 000 outils, pour la plupart en quartz, parmi lesquels des bifaces et des hachereaux de type paléolithique inférieur provenant de dépôts vieux d'environ 130 000 ans ; un biface gisait sur le flanc occidental des gorges de Préveli elles-mêmes. La Crète ayant été une île pendant toute cette période, ces trouvailles sont tenues pour la preuve d'une navigation très ancienne en Méditerranée. La visite de la plage se combine donc aisément avec celle du monastère et du pont en arc d'allure vénitienne qui franchit le Mégalopotamos.